Chakib Guessous : “Nous n’avons aucune idée du nombre d’enfants des rues au Maroc en 2025”

Médecin et sociologue, Chakib Guessous publie “Survivre… enfants et jeunes de la rue” aux éditions La Croisée des chemins. Dans cet entretien, il alerte sur l'augmentation du nombre d'enfants vivant dans la rue au Maroc et pointe les carences des pouvoirs publics face à ce phénomène.

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Image extraite du court-métrage de l'association Jood pour sensibiliser aux dangers de la mendicité infantile. Crédit: Association Jood

Depuis trente ans, le médecin et sociologue Chakib Guessous s’est spécialisé dans la situation des enfants des rues. Dans son nouvel ouvrage, il documente les réalités d’un phénomène observé par les Marocains dans toutes les grandes villes du Royaume, mais qui continue d’échapper aux statistiques officielles.

Médecin et sociologue, Chakib Guessous publie “Survivre… enfants et jeunes de la rue” aux éditions La Croisée des chemins.Crédit: DR

Afin de résister à la stigmatisation dont ils font souvent l’objet, et à un regard social, souvent trop dur, qui consiste à en faire uniquement une source de dangers, Chakib Guessous met à bas un ensemble d’idées reçues sur la situation des enfants vivant dans la rue. Dans ce livre, nourri d’observations de terrain et de nombreux entretiens menés avec ces enfants, il parvient à identifier des parcours et habitudes de vie, ainsi que des distinctions nécessaires pour mieux comprendre cette problématique sociale.

Comme par exemple, entre les enfants dans la rue, à savoir, ceux qui y passent beaucoup de temps sans pour autant y vivre, et les enfants de la rue, qui y sont installés durablement, ayant opéré une rupture totale ou partielle avec leur cellule familiale. L’auteur s’interroge également sur le bilan de l’évolution de leur situation au Maroc au cours des trois dernières décennies.

TelQuel : La situation des enfants des rues est un phénomène connu des Marocains, notamment dans les grandes villes. Avons-nous banalisé, en tant que société, le fait que des enfants vivent dans la rue ? Cela continue-t-il véritablement de nous choquer ? 

“Les enfants qui mendient, qui sont ceux que les Marocains voient le plus, ne vivent pas tous dans la rue”

Chakib Guessous, médecin et sociologue

Chakib Guessous : C’est possible, oui. Peut-être pas tant les citoyens que les responsables politiques, qui ne font pas de cette situation une priorité. Cela étant, les enfants qui mendient, qui sont ceux que les Marocains voient le plus, ne vivent pas tous dans la rue. Il faut penser la mendicité comme un marché, qui plus est lucratif : ces enfants “travaillent”, souvent avec la bénédiction de leurs parents, et rentrent dormir chez eux le soir.

Dans certains cas, la mendicité peut aussi être un facteur qui va précéder l’installation définitive de l’enfant à la rue. Elle constitue aussi un obstacle crucial auquel sont confrontées les associations qui luttent pour la réinsertion des enfants, car ces enfants, qui ont généralement quitté l’école depuis plusieurs années, voient bien que les métiers qu’on leur propose ne leur permettront pas de gagner autant. 

 

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