Logistique: les entreprises amorcent leur mise à niveau

La logistique, pilier discret mais essentiel de l’économie, connaît un développement certain, et ce malgré les retards accumulés sur le volet des infrastructures. Entre professionnalisation et transformation numérique, les entreprises s’ajustent à une nouvelle ère.

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L’annonce par le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, en avril dernier, du lancement imminent de la commercialisation de la zone logistique de Lqliâa, sur 45 ha au sud d’Agadir, a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par les professionnels du secteur.  Et pour cause : les opérateurs estiment que le secteur accuse un important retard dans la concrétisation de la Stratégie nationale pour le développement de la compétitivité logistique de 2010, qui prévoyait l’aménagement de 70 zones à l’horizon 2030. Le département de tutelle ambitionne aujourd’hui de mettre en place 750 hectares de zones logistiques d’ici à 2028. Le déploiement de cette feuille de route se fera à travers l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL).

« Pour mettre en place les zones logistiques, il faut d’abord identifier les flux les plus importants, afin de les optimiser. Casablanca, par exemple, ne dispose pas de sa propre zone logistique. À Tanger, heureusement, nous avons Tanger Med. Mais entre Tanger et Casablanca, il n’y a rien. Et jusqu’à très récemment, il n’y avait aucune zone logistique à Agadir. Cette ville a aussi besoin d’agropoles », analyse Abdelilah Hifdi, président de la Fédération du transport et de la logistique (FTL).

Croissance tous azimuts
C’est un fait : sur le plan des infrastructures, la marge de progression reste large, dans un pays dont le marché n’est pas encore mature. « Nous avons de nombreux points à gagner en matière de compétitivité logistique », soutient Malik Touimi Benjelloun, directeur général de Weexa Maroc, groupe qui figure parmi les leaders mondiaux de la digitalisation et du support des flux EDI/B2B. Cela dit, le secteur affiche une croissance tangible : « Cette croissance ne concerne pas uniquement les grands opérateurs, mais aussi ceux de taille plus modeste. Preuve en est que cette dernière catégorie, qui n’utilisait pas de systèmes de gestion, a compris l’intérêt de s’équiper ces dernières années, notamment grâce aux différentes formes de subventions proposées par l’État », affirme Malik Touimi Benjelloun. Le groupe qu’il dirige a ainsi équipé nombre de ces opérateurs — comme certains transitaires ou transporteurs de taille moyenne, qui se limitaient autrefois au transit ou au transport — pour leur permettre de se lancer dans la prestation logistique. Beaucoup ont investi dans de petits entrepôts à leurs débuts et ont pu se développer grâce à la croissance de la demande. Ces acteurs sont aujourd’hui équipés de solutions de gestion d’entrepôts et d’outils de communication de données avec leurs clients.

Digitalisation
« L’utilisation de ces systèmes est névralgique pour l’activité d’un prestataire logistique. Si ce dernier ne communique pas avec son client en temps réel, de façon intégrée, fluide, automatisée et sécurisée, c’est toute son activité qui s’arrête, puisqu’il ne peut plus renseigner les niveaux de stocks, les inventaires, les besoins en réapprovisionnement, etc. », souligne le DG de Weexa.
La croissance du marché observée ces dernières années s’est également traduite par un développement de l’offre en systèmes de gestion. De plus en plus d’acteurs, locaux et internationaux, se positionnent en réponse à la demande croissante. Une évolution positive pour le Maroc, puisqu’elle crée un écosystème réunissant prestataires de services, éditeurs de solutions, opérateurs logistiques, etc. « Il faut néanmoins bien comparer ce qui est comparable en termes d’offres disponibles, et bien choisir son partenaire intégrateur autant que la solution que l’on envisage d’adopter », précise Malik Touimi Benjelloun.

Un marché dynamique
Concernant le secteur de la prestation de transport et de logistique, le directeur général de Weexa estime que le marché est également très dynamique. Il cite notamment « le groupe Dislog, avec sa filiale Buildings & Logistic Services (BLS), pour lesquels nous intervenons tant sur la partie WMS qu’EDI, et qui ont lancé une nouvelle grande plateforme logistique à Tit Mellil début 2025, afin d’y gérer l’entreposage de nouveaux clients en complément de leur plateforme historique de Bouskoura ».
Spécialiste de la digitalisation de la supply chain, Weexa collabore avec d’autres grands opérateurs logistiques, tant publics que privés, au Maroc depuis la fin des années 2000, sur les systèmes de gestion d’entrepôt (WMS) ou d’échange de données informatisées (EDI). Par l’intermédiaire de sa filiale Eumatech, Weexa propose des plateformes spécialisées dans l’intégration de logiciels de gestion d’entrepôts (WMS), de transport (TMS), ou encore dans l’interfaçage entre systèmes d’information et digitalisation des flux B2B, via sa plateforme iPaaS (Integration Platform as a Service) baptisée iXPath, qu’elle édite et commercialise depuis une dizaine d’années.

Large marge de progression
Malik Touimi Benjelloun souligne par ailleurs que les 3PL (Third-Party Logistics, soit la sous-traitance logistique à un prestataire externe) ne sont pas les seuls à se digitaliser. En témoignent les clients industriels de Weexa, issus des secteurs de la santé, de l’agroalimentaire, des produits de grande consommation, de l’industrie lourde ou encore de la distribution spécialisée.
« Nous comptons parmi nos clients le groupe Label’Vie-Carrefour, au Maroc et en Côte d’Ivoire. Nous avons intégré et déployé son système de gestion d’entrepôt (WMS), ainsi que son système d’échange de données informatisées (EDI), en lien avec la digitalisation de ses flux BtoB », explique-t-il.
Malgré ce développement soutenu ces dernières années, une large marge de progression demeure. Toutes les entreprises ne maximisent pas encore leurs flux logistiques, qui dépendent également des infrastructures, du transport et des systèmes d’information. « Bien évidemment, nous ne pouvons pas occulter l’avènement de l’IA, encore à ses débuts, mais qui devrait, à terme, permettre de gagner encore davantage en productivité », conclut-il.