[Tribune] Immobilier : à qui appartient encore Marrakech ?

Par Aïda Hassar

Ces derniers mois, j’ai eu pour objectif d’acheter un riad à Marrakech. Passionnée par l’architecture ancienne, les patios silencieux, les plafonds en bois sculpté, les zelliges et la poésie des lieux chargés d’histoire, je rêvais de redonner vie à un espace authentique, en respectant l’âme marrakchie. Mais très vite, la réalité m’a rattrapée.

La majorité des biens en vente sont aujourd’hui entre les mains d’étrangers. Les prix sont affichés en euros, parfois même sans mention du dirham. Les noms des riads ont perdu toute racine marocaine — on voit des “Dar Margot”, “Maison Elise”, “Riad Amélie”, et l’esprit du lieu est remplacé par une logique de rentabilité. On ne vend plus des maisons, mais des “business clés en main”, des “machines à sous” calibrées pour Airbnb, où le charme de la médina est réduit à une photo Instagram.

Pendant ce temps, les Marocains, eux, peinent à accéder à la propriété dans leur propre pays. Les prix flambent, les crédits sont difficiles à obtenir, et les jeunes actifs n’ont tout simplement plus les moyens de devenir propriétaires à Marrakech ou dans d’autres villes touristiques. Ce déséquilibre profond nous pousse à poser une question simple : à qui appartient encore Marrakech ?

Le Maroc, bien qu’ouvert au monde et soucieux d’attirer des devises, ne peut ignorer les effets pervers de cette politique immobilière totalement dérégulée. La flambée des prix, la gentrification des quartiers historiques et l’exclusion silencieuse des locaux ne sont pas de simples “effets secondaires” : ce sont les symptômes d’une dépossession progressive.

Il est temps d’agir.

Voici quelques pistes de réflexion concrètes qui pourraient être envisagées pour protéger l’accès à la propriété des Marocains sans pour autant fermer la porte à l’investissement étranger :

  • Mettre en place un quota ou des zones réservées aux nationaux dans les quartiers à forte tension immobilière, notamment la médina et les zones touristiques de Marrakech, Essaouira, Casablanca ou Tanger.
  • Créer un impôt ou une taxe spécifique sur les achats de biens par des étrangers destinés à la location touristique (comme cela se fait à Lisbonne ou Barcelone).
  • Proposer des prêts subventionnés ou à taux réduits pour les Marocains primo-accédants souhaitant investir dans leur ville d’origine.
  • Encourager la copropriété solidaire ou les coopératives marocaines pour l’acquisition et la gestion de biens à usage locatif ou patrimonial.
  • Rendre obligatoire un encadrement des loyers touristiques dans certaines zones, afin d’éviter une spéculation massive sur les riads et maisons traditionnelles.

Ces solutions existent ailleurs. Il ne s’agit pas de rejeter les étrangers ou d’interdire l’investissement, mais de rétablir un équilibre juste et durable, qui redonne leur place aux Marocains dans leurs propres villes.

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À propos de l’auteur :

Aïda Hassar est marocaine. Née et ayant grandi à El Jadida, elle vit aujourd’hui au Canada depuis 14 ans. Engagée pour la préservation du patrimoine marocain, elle aspire à rentrer au pays pour contribuer au développement d’un immobilier traditionnel, respectueux de la culture, de l’histoire et de l’identité marocaine.