Ramadan, le poissonnier de Marrakech, la hausse des prix et le Boualem

Par Réda Allali

Bon ramadan, les amis. Le Boualem vous souhaite un mois plein de paix, d’harmonie et de spiritualité. Il espère que votre chemin saura éviter les épouvantables embuscades tendues par le mois sucré. Il pense, en vrac, à l’apathie hypoglycémique, à la crise de nerfs automobile, à l’absentéisme administratif, à l’attaque sonore publicitaire, à l’invitation traquenard, à la cascade de harira, etc. Avec l’expérience, il devrait être possible de déjouer ces pièges qui, s’ils sont dangereux, n’en demeurent pas moins prévisibles.

Mais il faut préciser que le bougre, avec le temps, a appris à apprécier le ramadan. Une pause dans la frénésie habituelle, obligatoire en plus, est une chose appréciable. Un moment de ralentissement, quand tout ce qui est important le reste du temps passe au second plan, peut s’avérer précieux, même pour un individu aussi bougon que Zakaria Boualem.

“Vous avez sans doute entendu parler de ce poissonnier marrakchi, qui a cassé les prix de ses sardines. Les autorités ont commencé par ordonner sa fermeture. Avant de révoquer le caïd responsable. Il faut donc commencer par leur reconnaître cette qualité : la souplesse”

Réda Allali

L’affaire de la semaine concerne la sardine. Chez nous, c’est l’aliment populaire par excellence, le dernier filet de protection avant de basculer vers la sous-alimentation pour les moins fortunés. Vous avez sans doute entendu parler de ce poissonnier marrakchi, devenu une star sur TikTok, car il a décidé de casser le prix de la sardine et de l’offrir à la vente pour un prix trois fois inférieur à celui de ses voisins. Sans surprise, il a aussitôt déclenché l’enthousiasme des clients et l’ire de ses confrères. Comme d’habitude, nos autorités ont réagi très vite. Elles ont bien entendu commencé par ordonner la fermeture de la boutique. Puis, soudain, le plot twist. Le caïd responsable de la fermeture est révoqué et le poissonnier reçu à la wilaya, où on lui assure qu’il peut continuer à vendre son poisson, et merci. Il faut donc commencer par reconnaître cette qualité aux autorités : la souplesse.

Et suite à l’étude attentive de cette affaire, voici les conclusions du Boualem. Elles sont grandement plombées par ses compétences limitées en économie, et une déshydratation sévère. La première chose à retenir de cette histoire, c’est que les Marocains sont convaincus, les bougres, qu’ils se font duper. Ils ont le sentiment d’être à la merci d’une armée d’intermédiaires gloutons, victimes d’une entente sur les prix, voilà comment ils voient les choses. Attention, le Boualem est incapable de confirmer ou de contredire cette allégation. Lui, il travaille sur les sentiments, et gardez-vous bien de considérer ces derniers comme un détail. Les émotions, au contraire, peuvent se révéler une force politique, il faut donc les traiter avec le plus grand respect.

“Le ministre de l’Industrie et du Commerce explique que “18 spéculateurs perturbent les prix des viandes rouges”. Avec une telle précision, il devrait pouvoir les identifier, mais il n’est pas capable de les remettre dans le droit chemin, allez savoir pourquoi”

Réda Allali

Certes, le culte de la technocratie est puissant. Celle-ci peut laisser penser que ces benêts n’y comprennent rien, et que tout va être réglé en construisant des stades à tour de bras, mais Zakaria Boualem en doute. Surtout quand il lit une interview du ministre de l’Industrie et du Commerce lui-même, qui explique que “18 spéculateurs perturbent les prix des viandes rouges”. Avec une telle précision, il devrait pouvoir les identifier, mais il n’est pas capable de les remettre dans le droit chemin, allez savoir pourquoi.

Dans la même interview, le ministre citoyen fustige également les marges élevées appliquées par les intervenants, il explique même que l’inflation n’y est pour rien. C’est encore plus inquiétant, figurez-vous. Car les Marocains, désormais, sont tellement acculés dans leurs finances, ils ont renoncé à de tels pans de leur consommation, qu’ils sont sur le point de porter au sommet n’importe quel poissonnier qui leur donne l’impression de les défendre. C’est tout pour la semaine, et ce n’est pas brillant, et merci.