Sécurité routière : pourquoi le monde se mobilise à Marrakech et tente de réduire les accidents

Réunissant plus de 100 délégations ministérielles et des experts internationaux, la 4e Conférence ministérielle mondiale sur la sécurité routière, organisée à Marrakech du 18 au 20 février, a mis en lumière l’urgence d’une action concertée pour atteindre l’objectif mondial de réduire de moitié le nombre de décès sur les routes d’ici 2030.

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L’Afrique demeure le continent aux routes les plus meurtrières, lors de la dernière décennie le nombre de décès a augmenté de 17%. Crédit: DR

Chaque jour, plus de 3200 vies s’éteignent sur les routes du monde, fauchées par des accidents souvent évitables. Un chiffre vertigineux qui fait de l’insécurité routière une crise sanitaire et sociale d’une ampleur insoutenable. “Les accidents de la route sont la principale cause de décès des enfants et des jeunes”, a ainsi alerté Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Dans un message vidéo adressé aux participants de la 4e Conférence ministérielle mondiale sur la sécurité routière, qui s’est tenue à Marrakech du 18 au 20 février, il a insisté sur l’urgence d’agir pour enrayer ce fléau. Les pays à revenus faibles et intermédiaires sont particulièrement touchés, concentrant 93% des accidents mortels.

Pourtant, comme le souligne le chef de l’OMS, les solutions existent : “Nous savons que le changement est possible, car une décennie d’action a montré que les pays, quelles que soient leur taille et leur économie, peuvent adopter des politiques pour éviter les collisions et sauver des vies”.

Cette “pandémie silencieuse” décime chaque année l’équivalent de la population d’une ville moyenne comme Marrakech

Jean Todt, envoyé spécial de l’ONU pour la sécurité routière, enfonce le clou en comparant cette crise à une “pandémie silencieuse”, qui décime chaque année l’équivalent de la population d’une ville moyenne comme Marrakech. “Nous mettons les populations les plus vulnérables dans des situations de risque à chaque fois qu’elles prennent la route, quand il n’y a pas de signalisations claires, de passages piétons bien définis”, déplore-t-il. Un constat d’autant plus alarmant que 93% des accidents surviennent dans les pays à revenus faible ou intermédiaire.

Des success stories et des failles à combler

Si des progrès ont été enregistrés dans plusieurs pays, le chemin vers une réduction significative de la mortalité routière reste semé d’embûches. En une décennie, 10 pays, parmi lesquels le Japon, la Lituanie, la Norvège, les Émirats arabes unis et le Venezuela, ont réussi à diviser par deux le nombre de décès sur les routes.

“La plupart des pays vont dans la mauvaise direction, car au cours de cette dernière décennie, le nombre de décès sur les routes a augmenté de 17% en Afrique”

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS

34 autres pays, dont la Chine, l’Inde et le Mexique, ont réduit leur bilan de plus de 30% en renforçant la réglementation sur la sécurité des véhicules, en adaptant les infrastructures aux piétons et en instaurant des sanctions plus strictes contre les infractions routières.

Pourtant, l’objectif mondial de réduire de 50% le nombre de décès sur les routes d’ici 2030 reste encore hors de portée. “Nous n’y sommes pas encore parvenus”, regrette Tedros Adhanom Ghebreyesus, soulignant que “davantage d’efforts doivent être engagés pour parvenir à ce dessein”.

Pire encore, la situation s’aggrave dans certaines régions du monde. “La plupart des pays vont dans la mauvaise direction, car au cours de cette dernière décennie, le nombre de décès sur les routes a augmenté de 17% en Afrique”, alerte-t-il.

La 4e conférence ministérielle mondiale sur la sécurité routière s’est tenue du 18 au 20 février à Marrakech.Crédit: DR

En cause, des systèmes de mobilité encore trop orientés vers l’usage de la voiture, au détriment des piétons et des cyclistes. “Les systèmes de mobilités doivent placer la sécurité des piétons et des cyclistes au cœur de leurs actions”, insiste-t-il.

L’Afrique, la fausse route

Le continent africain demeure l’un des plus touchés par l’insécurité routière. “L’Afrique subit des pertes et des souffrances liées aux accidents de la route de manière plus aiguë que tout autre continent”, affirme Amani Abou Zeid, commissaire de l’Union africaine en charge des infrastructures, de l’énergie et de la numérisation.

Avec un taux de 19 décès pour 100.000 habitants chaque année, l’Afrique enregistre une mortalité routière bien supérieure à la moyenne mondiale, qui est de 15 décès pour 100.000 habitants. Ce chiffre contraste fortement avec les performances de pays plus avancés en matière de sécurité routière, où ce taux descend sous la barre des 3 décès pour 100.000 habitants.

Ce fléau n’est pas seulement une tragédie humaine et sociale, il ralentit la croissance économique de nombreux pays africains”, déplore la responsable. Malgré des tentatives d’amélioration, l’écart en matière de sécurité routière ne cesse de se creuser sur le continent. Le manque d’infrastructures adaptées, l’insuffisance des contrôles et l’importation massive de véhicules d’occasion non conformes aux normes de sécurité sont autant de freins à une évolution positive.

L’Union africaine passe à l’offensive

Face à cette situation alarmante, l’Union africaine plaide pour une approche systémique et inclusive de la sécurité routière. Selon Amani Abou Zeid, “la sécurité routière doit commencer à la conception et à la planification de nos routes, et non pas à postériori”.

L’Union africaine recommande l’inclusivité dans l’élaboration des politiques de mobilité, en garantissant la sécurité des femmes et des personnes à mobilité réduite à toute heure et en réduisant l’impact environnemental du transport routier. “Il faut également assurer des moyens de transport public sûrs, en évitant les moyens de transport informels, dangereux et polluants”, poursuit-elle.

Elle insiste aussi sur la nécessité d’interdire l’importation massive de véhicules d’occasion non conformes aux standards de sécurité. “L’Afrique n’est pas et ne sera jamais un déversoir de voitures d’occasion étrangères en fin de cycle”, affirme-t-elle avec fermeté.

Enfin, l’OMS et les Nations Unies appellent les gouvernements à mettre en place des politiques nationales cohérentes, financées de manière durable et associant l’ensemble des acteurs concernés : institutions publiques, entreprises et société civile. “Nous disposons aujourd’hui du bon diagnostic de la situation, mais aussi du bon vaccin. Les décideurs politiques doivent combler le fossé entre les promesses et les actions concrètes”, insiste Jean Todt.

Le Maroc entre progrès et défis persistants

Sur le plan national, le Maroc illustre cette ambivalence entre avancées et défis persistants. En 2023, le Royaume a enregistré une hausse de 9,5% du nombre d’accidents, mettant en exergue la nécessité d’intensifier les efforts en matière de sécurité routière. Si, entre 2015 et 2022, la mortalité sur les routes a diminué de 22,47%, certaines catégories d’usagers demeurent particulièrement vulnérables.

C’est notamment le cas des conducteurs de deux-roues motorisés, dont le taux de mortalité a bondi de 31,14%, soulignant l’urgence de renforcer les dispositifs de protection pour cette catégorie. Face à cette situation préoccupante, des mesures plus rigoureuses s’imposent.

Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la Logistique, insiste sur la nécessité de mieux protéger les motocyclistes. “Il faut inclure deux casques gratuits à l’achat d’un motocycle”, préconise-t-il, une mesure visant à encourager les usagers à adopter des comportements plus sécurisés.

De son côté, Aziz Akhannouch, Chef du gouvernement, a réaffirmé l’engagement du Maroc en faveur de la sécurité routière comme un chantier stratégique. “Le Royaume a fait de la sécurité routière un chantier prioritaire”, a-t-il déclaré, mettant en avant les actions déployées pour renforcer la réglementation et moderniser les infrastructures.

L’adoption d’un nouveau Code de la route, le contrôle automatisé des infractions, l’optimisation des visites techniques des véhicules, la formation renforcée des conducteurs et l’amélioration des infrastructures routières figurent parmi les principaux leviers destinés à rendre la circulation plus sûre.

Placée sous le haut patronage du roi Mohammed VI, la 4e Conférence ministérielle mondiale sur la sécurité routière a réuni plus de 100 délégations ministérielles, aux côtés de représentants des Nations Unies, de l’OMS, de la société civile et du secteur privé.

Cet événement d’envergure internationale, orchestré par le ministère du Transport et de la Logistique en coopération avec l’OMS, s’inscrit dans le cadre de la décennie d’action des Nations Unies pour la sécurité routière (2021-2030).

Placée sous le thème “S’engager pour la vie”, la conférence ambitionne d’accélérer les efforts pour réduire de moitié le nombre de décès sur les routes d’ici 2030, en renforçant la coopération internationale, en partageant les meilleures pratiques et en adoptant des engagements concrets pour une mobilité plus sûre et durable.

Alors que la Déclaration de Marrakech s’apprête à fixer de nouvelles orientations stratégiques, l’enjeu est désormais d’inscrire durablement la sécurité routière dans les politiques publiques mondiales et africaines.

Comme le souligne Jean Todt, “prenons des mesures immédiates et rentrons dans nos pays à l’issue de cette conférence, non pas avec des discours, mais avec des engagements clairs”.