Diversité 1 - nationalisme 0 : Happy Yennayer !

Par Réda Allali

Zakaria Boulem vous souhaite un happy Yennayer les amis, il vous envoie ses bisous fraternels en quantité abondante et de bonne qualité. Il doit aussi vous préciser qu’il considère cette date comme très importante, et il va même vous expliquer pourquoi. Concentrez-vous s’il vous plaît, car le bougre va vous proposer une analyse qui lui a coûté beaucoup d’énergie, et merci.

Il était une fois une doctrine, le nationalisme, arrivée chez nous au début du siècle dernier. Selon cette doctrine, pour construire une nation, il faut un peuple. Et un peuple, ça implique une seule langue, une seule religion, une seule culture, etc. Toute différence est donc perçue comme une menace pour l’unité de la nation : tous les Zakaria Boualem du pays sont sommés de former un bloc monochrome, au garde-à-vous derrière un drapeau.

Certains confondent le nationalisme avec le patriotisme, et ils sont convaincus qu’avant son avènement, les gens n’aimaient pas leur pays.

Réda Allali

Cette doctrine est aujourd’hui tellement implantée dans les cerveaux que certains la confondent avec le patriotisme, et ils sont convaincus qu’avant son avènement, les gens n’aimaient pas leur pays. Ils ignorent que, quand le pouvoir saadien s’est présenté devant les Portugais à Oued El Makhazine, il était entouré d’une multitude d’étendards, et que cette diversité était considérée comme un signe de puissance. Et ils imaginent même que Moulay Ismaïl se pensait sultan d’une nation arabe… Poursuivons.

Le nationalisme suppose qu’une nation, c’est un peuple, avec une seule langue, une seule religion, une seule culture, etc. Le problème ? Les Marocains s’obstinent à entretenir une foisonnante diversité culturelle… Happy Yennayer !

Réda Allali

Chez nous, donc, le nationalisme s’est construit sur des valeurs comme l’islam, l’arabité, la royauté. C’est un nationalisme d’élite. Le problème, bien sûr, ce sont les Marocains, qui ont du mal à entrer dans ce noble moule. Ils ont développé leur propre version, populaire, de l’islam, et, culturellement, ils s’obstinent à entretenir une foisonnante diversité incompatible avec la vision étriquée imposée par le nationalisme d’élite.

Zakaria Boualem a appris, par exemple, que le premier wali de Marrakech après l’indépendance voulait faire fermer Jamaâ El Fna. Cette place formidable était alors perçue comme le symbole de tout ce qu’il fallait éradiquer pour se mettre à ressembler à l’idée qu’on se faisait de nous-mêmes. Nos autorités étaient prêtes à se mutiler, c’est dire l’ampleur du malaise.

Oui, telle est la triste découverte du Guercifi : le nationalisme s’est construit contre nous-mêmes, cimenté par le mépris de notre propre culture, toutes les émanations populaires étaient perçues comme indignes de la moindre considération. II suffit de lire la production littéraire de l’époque pour le constater. Le Boualem pourrait vous citer des phrases révélatrices, écrites par des cadors de la pensée nationale, mais il préfère vous laisser faire vos recherches tout seuls, il faut que chacun s’y mette si on veut s’en sortir, et en plus on n’est pas là pour vexer tout le monde.

Puis avec le temps, on ne sait trop pourquoi, la pyramide s’est inversée, hamdoullah. Peut-être l’effet des réseaux sociaux, allez savoir… Les Marocains ont commencé à se montrer fiers de leur gastronomie, de leurs gnawa, de toutes leurs musiques traditionnelles, de leur tbourida, de leur humour et même de leur équipe de foot. Toutes ces choses viennent d’en bas, et elles sont désormais considérées comme dignes d’intérêt. La vague du nationalisme d’élite s’est crashée en beauté sur la digue de la réalité. Et donc, dans ce nouveau panorama, enfin respectueux de nous-mêmes, Yennayer trouve sa place, naturellement. Assegass Mbarki, et merci !

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