Semaine décisive en Israël avec une coalition anti-Netanyahu aux portes du pouvoir

Israël s’approche jeudi de la fin d’une époque après la formation in extremis d’une coalition hétéroclite qui pourrait dès les prochains jours évincer du pouvoir Benjamin Netanyahu, Premier ministre le plus longtemps en fonction de l’histoire du pays.

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assiste à une audience dans son procès pour corruption au tribunal de district de Jérusalem, le 8 février 2021. Crédit: Reuven Castro / POOL / AFP

Cette coalition inédite est composée de huit partis — deux de gauche, deux du centre, trois de droite et une formation arabe — que tout oppose si ce n’est la volonté d’écarter Benjamin Netanyahu du pouvoir.

Le vote de confiance du Parlement à l’équipe gouvernementale doit intervenir dans un délai d’une semaine, mais M. Netanyahu a commencé dès jeudi 3 juin à multiplier les tentatives de déstabilisation, espérant des défections de dernière minute.

“Tous les députés élus grâce au soutien de la droite doivent s’opposer à ce dangereux gouvernement de gauche”, a-t-il tweeté dans la matinée, rompant son silence depuis la proclamation de l’accord de coalition. Depuis son compte Twitter personnel, le chef du Likoud, parti de M. Netanyahu, a de son côté appelé ses anciens alliés de droite à “retirer maintenant” leurs signatures.

Le soutien du chef du parti de droite radicale Yamina et ancien allié du Premier ministre, Naftali Bennett, a été crucial à la formation de la coalition anti-Netanyahu. Les tractations ayant conduit à cet accord ont duré plusieurs jours, sur fond de rumeurs, de pressions et de tensions.

Un accord de justesse

La nouvelle est tombée à 23 h 25 mercredi 3 juin, quelques dizaines de minutes avant l’expiration du délai : Yaïr Lapid, chef de la formation centriste Yesh Atid, a annoncé avoir “réussi à former un gouvernement”. Avec le soutien de 61 députés (sur 120), cet accord doit mettre un terme à deux ans de crise politique marquée par quatre élections et aucun gouvernement stable.

“Nous avions presque perdu espoir et nous espérons qu’après ces deux années très difficiles, nous aurons enfin une nouvelle ère qui ramènera l’espoir en Israël”

Une habitante de Tel-Aviv

De cette crise, les Israéliens sont sortis polarisés, entre ceux qui voient dans cette alliance détonante une “trahison” des idées de la droite aussi bien que de la gauche, et ceux soulagés de voir l’indéboulonnable Premier ministre sur le départ après plus de 10 ans au pouvoir sans interruption.

“Nous avions presque perdu espoir et nous espérons qu’après ces deux années très difficiles, nous aurons enfin une nouvelle ère qui ramènera l’espoir en Israël”, a déclaré Chen Kostukovsky, une habitante de Tel-Aviv rompue aux manifestations contre Benjamin Netanyahu.

Jugé pour “corruption” dans trois affaires, M. Netanyahu est devenu le premier chef de gouvernement israélien à faire face à des poursuites pénales en cours de mandat. Il devrait redevenir simple député et ne pourra plus user de son influence pour tenter de faire passer une loi pour le protéger.

Tournant dans l’histoire politique

La soirée de mercredi, marquée par l’image de la signature de l’accord de coalition par Naftali Bennett coiffé d’une kippa, l’ex-vedette de la télévision devenue médiateur Yaïr Lapid et Mansour Abbas, chef d’un parti arabe, tout sourire, représente un tournant dans l’histoire politique d’Israël.

Populaire auprès de la communauté bédouine israélienne, la formation de Mansour Abbas, que l’on dit “islamiste”, a obtenu plus de 100.000 votes et son alliance pourrait décider de la victoire entre les blocs pro ou anti-Netanyahu.Crédit: Ahmad Gharabli / AFP

Les Arabes israéliens, descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d’Israël en 1948 qui représentent 20 % de la population, restent généralement (deux exceptions en 71 ans) en marge du jeu politique.

Si la formation arabe islamiste Raam, dirigée par Mansour Abbas, a signé l’accord, elle ne prévoit pas de participer à ce cabinet. “Ce gouvernement sera au service de tous les citoyens d’Israël incluant ceux qui n’en sont pas membres, respectera ceux qui s’y opposent et fera tout ce qui est en son pouvoir pour unir les différentes composantes de la société israélienne”, a assuré M. Lapid mercredi soir.

Naftali Bennett, ancien assistant de M. Netanyahu devenu son rival, sera le premier chef du gouvernement, jusqu’en 2023, avant d’être remplacé par Yaïr Lapid jusqu’en 2025, selon les médias israéliens. À moins que cette coalition hétéroclite — divisée sur des questions économiques, de sécurité et sur la question sensible de la relation entre État et religion — n’éclate en vol.

“La création (de ce gouvernement) est un événement de dimension historique. Mais on peut déjà lui prédire une fin amère, banale et douloureuse”, cinglait le journal de gauche Haaretz dans son éditorial de jeudi.

Back-up américain

Les États-Unis resteront en tout cas un allié de l’État hébreu, a assuré Washington jeudi. Le “soutien indéfectible” des États-Unis pour Israël demeurera inchangé “quoi qu’il arrive, quel que soit le gouvernement”, a dit le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price, devant la presse. “Rien ne changera même si le gouvernement change”.

Il a aussi confirmé l’intention de Washington de contribuer au renflouement du bouclier antiprojectiles d’Israël, dont les missiles ont été fortement utilisés lors des onze jours de conflit avec le mouvement islamiste palestinien Hamas dans la bande de Gaza en mai.

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