Boeing dans la tourmente après le crash aérien en Ethiopie

Boeing dans la tourmente après le crash aérien en Ethiopie

Boeing était dans la tourmente le 11 mars après le crash le 10 mars d'un 737 MAX 8 appartenant à Ethiopian Airlines, qui a fait 157 morts et conduit plusieurs pays, dont la Chine, à clouer au sol un des modèles phare de l'avionneur américain.

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Le logo de Boeing sur un Boeing 737 MAX 9, à Renton, en mars 2017. Crédit: Jason Redmond / AFP

A la mi-journée du 11 mars à Wall Street, Boeing s’était un peu rétabli après avoir chuté lourdement à l’ouverture: l’action baissait de 7,04%, mais cela n’affectait pas le Dow Jones, l’indice vedette de la Bourse de New York, qui gagnait 0,35% à 25.538,95 points.

Les deux boîtes noires de l’appareil d’Ethiopian Airlines – celle contenant les données techniques du vol et celle enregistrant les discussions dans le cockpit – ont été retrouvées lundi sur le lieu du crash, dans un champ proche du village de Tulu Fara, à environ 60 km au sud-est d’Addis Abeba.

Nous partons du principe que nous trouverons la cause du crash dans les données de la boîte noire”, a indiqué Ethiopian Airlines.

L’accident de dimanche sur un vol Addis Abeba-Nairobi est un nouveau coup dur pour Boeing, dont le même modèle, version modernisée du best-seller 737, s’était écrasé lui aussi quelques minutes après le décollage le 29 octobre au large de l’Indonésie, faisant 189 morts. Une des boîtes noires de l’appareil appartenant à la compagnie indonésienne Lion Air avait signalé des problèmes d’indicateur de vitesse.

A la suite de l’accident de dimanche, Ethiopian Airlines a annoncé avoir immobilisé ses quatre autres Boeing 737 MAX 8. Les compagnies Cayman Airways (îles Caïmans) et Comair (Afrique du Sud) ont fait de même.

La Royal Air Maroc a quant elle envoyé le seul Boeing 737-800 MAX qu’elle exploite depuis le 1er janvier en maintenance après le crash. Un deuxième était actuellement en phase de test. La livraison de deux autres appareils identiques étaient prévus dans les mois à venir.

Pékin a demandé lundi aux compagnies aériennes chinoises de suspendre les vols de cet appareil. Son utilisation pourra reprendre après confirmation par les autorités américaines et Boeing “des mesures prises pour garantir avec efficacité la sécurité des vols”, a indiqué le Bureau chinois de l’aviation civile.

Boeing a jusqu’à présent livré 76 modèles 737 MAX 8 à des compagnies aériennes chinoises, soit un cinquième des livraisons mondiales de ce modèle. Le constructeur américain a au total enregistré 5.011 commandes à travers le monde pour cet avion, un carnet de commandes équivalant à plus de sept ans de production au rythme actuel.

L’Indonésie a dans la foulée également décidé d’immobiliser ses Boeing 737 MAX 8, tout comme la Corée du Sud pour les deux appareils de la compagnie locale low-cost Eastar Jet, dans l’attente des résultats d’une inspection.

De nombreuses autres compagnies aériennes, dont FlyDubai, Norwegian, Icelandair, Southwest, American Airlines et Air Canada, continuent de faire voler leurs 737 MAX 8.

La FAA, un des régulateurs du transport aérien américain, s’est dans l’immédiat refusé à tout commentaire, ce qui traduit l’embarras des autorités, Boeing étant un des plus gros exportateurs des Etats-Unis.

Boeing, pour qui le 737 MAX 8 est la locomotive des ventes, a décidé de reporter la cérémonie de présentation officielle de la nouvelle version de son long-courrier 777, le 777X, prévue mercredi, à la suite de la catastrophe en Ethiopie.

Enquête en cours

Le vol ET 302, qui avait décollé dimanche à 08H38 (05H38 GMT) d’Addis Abeba, a disparu des radars six minutes plus tard. Selon un témoin, Tegegn Dechasa, l’arrière de “l’avion était déjà en feu lorsqu’il s’est écrasé au sol”.

Le Boeing, livré courant 2018 à la compagnie et qui avait fait l’objet d’une maintenance le 4 février, a été pulvérisé lors de l’impact. Il a creusé un impressionnant cratère en heurtant le sol.

Les enquêteurs de l’Agence éthiopienne de l’aviation civile devraient être prochainement rejoints par une équipe technique de Boeing. L’enquête sera menée conjointement avec des enquêteurs américains.

Réputée sérieuse, Ethiopian Airlines est détenue à 100% par l’Etat éthiopien et compte plus de 100 appareils, soit la flotte la plus importante d’Afrique.

Une journée de deuil national a été décrétée lundi en Ethiopie alors que le Kenya était doublement endeuillé. Avec 32 ressortissants à bord, c’est le pays le plus touché par la tragédie, et Nairobi est par ailleurs le hub régional des Nations unies, durement affectées par la catastrophe.

Cette dernière était dans toutes les têtes lundi à l’ouverture de la conférence annuelle du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) à Nairobi: les drapeaux des pays membres qui flottent habituellement dans l’allée du quartier général du PNUE ont été retirés, laissant seule la bannière bleue des Nations unies, hissée à mi-mât.

Plusieurs délégués devant participer à cette assemblée se trouvaient à bord de l’avion. Une minute de silence a été observée à l’ouverture de la conférence, certains dans l’assistance fondant alors en larmes.

Parmi les victimes onusiennes figurent six employés du PNUE, sept du Programme alimentaire mondial (PAM) et plusieurs du Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

Deux victimes marocaines

Les victimes du crash étaient de 35 nationalités différentes, selon des chiffres provisoires de la compagnie aérienne. Celle-ci a notamment dénombré 32 Kényans, 18 Canadiens, 9 Ethiopiens, 8 Italiens, 8 Chinois, 8 Américains, 7 Français, 7 Britanniques, 6 Egyptiens, 5 Allemands et 4 Indiens et 2 Marocains, deux fonctionnaires qui se rendaient à la 4e assemblée des Nations unies pour l’environnement à Nairobi.

Les gouvernements français et britannique ont cependant fait état de la mort de neuf de leurs ressortissants.

Parmi les victimes figurent l’épouse et les deux enfants du député slovaque Anton Hrnko, un archéologue italien, un professeur d’université canadien d’origine nigériane, ainsi qu’un ancien secrétaire général de la fédération kényane de football.

Les messages de condoléances aux victimes ont afflué depuis dimanche, du pape François au président français Emmanuel Macron, qui sera en visite officielle en Ethiopie mardi et mercredi puis au Kenya mercredi et jeudi.

Les compagnies et les pays qui clouent au sol leurs Boeing 737 MAX

A l’instar de la Royal Air Maroc, de nombreuses compagnies ont suspendu leurs vols sur Boeing 737 MAX. Certains états ont également pris des mesures pour bannir l’accès de ces appareils à leurs espaces aériens.

L’Australie

L’aviation civile australienne a interdit mardi tous les Boeing 737 MAX dans son espace aérien avec effet immédiat. Aucune compagnie australienne n’exploite le Boeing 737 MAX mais deux transporteurs étrangers desservent l’Australie avec ces types d’appareils, SilkAir, filiale régionale de Singapore Airlines qui exploite six appareils, et Fiji Airways.

Singapour

Le régulateur de l’aviation civile de l’île-Etat a annoncé « suspendre temporairement » à partir de mardi « les opérations de toutes les variantes des appareils Boeing 737 MAX à destination et au départ de Singapour au vu de deux accidents mortels impliquant des 737 MAX en moins de cinq mois ».

Les compagnies concernées par cette mesure sont SilkAir, ainsi que China Southern Airlines, Garuda Indonesia, Shandong Airlines et Thai Lion Air, qui desservent également Singapour en Boeing 737 MAX.

La Chine

Le Bureau chinois de l’aviation civile a demandé aux compagnies aériennes nationales de suspendre les vols de leurs Boeing 737 Max 8 jusqu’à confirmation par les autorités américaines et Boeing des « mesures prises pour garantir avec efficacité la sécurité des vols ».

Un total de 76 Boeing de la famille 737 MAX ont été livrés à une dizaine de compagnies aériennes chinoises, dont Air China, Hainan Airlines et Shanghai Airlines, selon des informations publiées en janvier sur le site internet du constructeur américain.

L’Indonésie

L’Indonésie, dont la compagnie Lion Air a perdu un Boeing 737 max 8 le 29 octobre 2018 avec 189 personnes à son bord, a décidé lundi d’immobiliser sa flotte de Boeing 737 MAX 8 au lendemain du crash de l’appareil d’Ethiopian Airlines.

Dix Boeing 737 Max 8 sont exploités par la compagnie indonésienne à bas prix Lion Air et un autre par la compagnie nationale Garuda.

La Corée du Sud

Le ministère sud-coréen des Transports a annoncé l’immobilisation des deux appareils de la compagnie locale à bas prix Eastar Jet dans l’attente des résultats d’une inspection.

La Mongolie

L’autorité de l’aviation civile mongole a ordonné au transporteur national Mongolian Airlines de clouer au sol l’unique 737 MAX 8 de sa flotte.

Ethiopian Airlines, à la suite de l’accident subi par un de ses avions dimanche, a cloué au sol toute sa flotte de Boeing 737 MAX jusqu’à nouvel ordre. La compagnie éthiopienne dispose de quatre appareils et a passé commande de 29 autres.

Gol (Brésil, 7 avions), Aeromexico (Mexique, 6 avions), Comair (Afrique du Sud, 1 avion) et Cayman Airways (Iles Caïmans, 2 avions) ont immobilisé leurs Boeing 737 MAX 8.

La compagnie aérienne argentine Aerolineas Argentinas a décidé la “suspension temporaire de l’exploitation commerciale” de ses cinq Boeing 737 MAX 8.

Aux États-Unis, l’Agence fédérale de l’aviation (FAA) a dit être prête à prendre « des mesures immédiates et appropriées », si « un problème affectant la sécurité » était identifié. La FAA a demandé à Boeing d’effectuer des changements « au plus tard en avril » sur des logiciels et sur le système de contrôle MCAS conçus pour éviter les décrochages.

En Inde, les autorités ont imposé des mesures de sécurité supplémentaires aux équipes de maintenance au sol et aux équipages des avions. Deux compagnies indiennes exploitent l’appareil: Spicejet (12 avions) et Jet Airways (5), cette dernière, en difficultés financières, assurant qu’aucun de ses Boeing 737 MAX n’est actuellement opérationnel.

Les compagnies américaines Southwest (34 appareils) et American Airlines (24) ont fait savoir que les vols de leurs Boeing 737 MAX se poursuivaient pour le moment, de même que la compagnie à bas prix Norwegian (18), Turkish Airlines (11), l’italienne Air Italy (3), l’islandaise Icelandair (3) et la russe S7 (2).

Au Canada, Air Canada (24 appareils) et Westjet (13) n’ont pas annoncé qu’elles interrompaient les vols, tout comme flydubai (10), la polonaise LOT (six appareils) ou encore la compagnie à bas prix TUIfly (13).

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