L’Artotec, médicament utilisé pour avorter, retiré des pharmacies – Telquel.ma

L'Artotec, médicament utilisé pour avorter, retiré des pharmacies

Le ministère de la Santé a suspendu l'autorisation de mise sur le marché (AMM) de l'Artotec pour «mésusage». Cet anti-inflammatoire est en effet utilisé par les femmes souhaitant avorter. Jusque-là vendu sans ordonnance, il pourrait être soumis à prescription médicale ou réservé à l'usage hospitalier.

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Début août, le ministère de la Santé a suspendu l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’Artotec et a fait rappeler tous les lots de cet anti-inflammatoire fabriqué par le laboratoire Pfizer, apprend-on de sources concordantes, confirmant une information du site Medicament.ma.

« Le centre antipoison a noté que le produit est utilisé dans les cas d’avortement. Or, il est interdit d’utiliser un médicament en dehors de sa prescription principale », explique Ouadie Zerhouni, directeur par intérim de la division du médicament et de la pharmacie au ministère de la Santé. Une pharmacie de Casablanca nous confirme avoir reçu un e-mail ordonnant le renvoi des stocks.

Le docteur Chafik Chraïbi, gynécologue et militant contre l’avortement clandestin au Maroc, confirme que l’Artotec permet de réaliser une IVG (interruption volontaire de grossesse) par voie médicamenteuse. « Ce médicament est à la base fait pour soigner les problèmes articulaires et de rhumatisme. Il contient de la prostaglandine qui est une molécule visant à protéger l’estomac, mais qui en même temps entraîne des contractions de l’utérus. C’est en ce sens qu’il peut avoir une action abortive », explique-t-il.

Risques pour la santé des femmes

A la différence du Cytotec – qui contient la même molécule, mais ne peut être utilisé qu’en milieu hospitalier (essentiellement pour éviter les risques d’hémorragie de l’utérus post-accouchement) – l’Artotec peut être délivré sans ordonnance en pharmacie, mais pas par toutes. Certaines, comme celle dans laquelle nous nous sommes rendus à Casablanca, refusent de délivrer le médicament sans ordonnance, en raison des risques de sa prise sans surveillance médicale. « Il y a quand même un risque de rupture utérine et d’hémorragie », explique le docteur Chraïbi, qui ne recommande pas son utilisation sans surveillance médicale.

Ce n’est cependant pas l’aspect médical qui a motivé la suspension décidée par le ministère, mais la raison légale : « Nous n’avons pas d’étude déterminant les impacts négatifs potentiels sur la santé des femmes concernant l’Artotec. Mais en tant que régulateur, nous devons mettre des garde-fous contre les usages médicamenteux contraires à la loi », déclare Ouadie Zerhouni.

Suspension provisoire

Malgré cela, le docteur Chraïbi considère que la suspension de l’Artotec est une mauvaise nouvelle pour celles qui se font avorter au Maroc. « On a remarqué qu’il y a de moins en moins d’IGV par curetage depuis que l’Artotec est disponible au Maroc. Maintenant, on va revenir à la méthode du curetage, qui présente beaucoup plus de risques pour les femmes que l’Artotec ou le Cytotec, notamment d’infections et d’hémorragies », regrette-t-il.

Le médecin, président de l’AMLAC (Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin), continue de demander une modification de la loi pour permettre de tenir compte de la santé physique, mais aussi mentale et sociale dans les conditions d’autorisation de l’avortement.

La suspension a été décidée « en attendant de voir si nous allons soumettre l’Artotec à prescription médicale ou si nous allons réserver son usage au milieu hospitalier », précise le chef par intérim de la direction du médicament. La suspension ayant une durée de 6 mois, une décision quant au devenir de l’Artotec au Maroc devrait donc intervenir d’ici février 2019.

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