Maroc

Portefolio. Le quotidien des mineurs de Jerada documenté par le photographe Mehdy Mariouch

© Mehdy Mariouch.
Portefolio. Le quotidien des mineurs de Jerada documenté par le photographe Mehdy Mariouch
décembre 26
09:28 2017
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Avec "Bribes de vie", Mehdy Mariouch a documenté le quotidien précaire des mineurs de l'Oriental. Au lendemain du décès de deux mineurs de Jerada, le photographe commente son passage dans cette ancienne ville minière.

En 2014 à Jerada, un mineur confiait au photographe Mehdy Mariouch «en sortant de chez soi le matin, on n’est pas sûr de revenir». Trois ans plus tard, deux mineurs sont décédés dans un puits clandestin d'extraction de charbon de la ville minière fantôme. Une réalité précaire trop souvent oubliée de mineurs livrés à eux même que le photographe a décidé de documenter avec la série"Bribes de vie". Un projet exposé au centre culturel l'Uzine Casablanca en février 2016, à Ahouli et Mibladen (deux autres villages miniers fantômes) en septembre 2016 et dans le cadre de l'Arab Documentary photography program à Beyrouth en novembre 2017. Le photographe nous commente donc les bribes de vie capturées de ces gueules noirs de Jerada.

© Mehdy Mariouch.

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"C'est la première image de mineur que j'ai prise à Jerada. J'étais entrain de shooter les paysages de la ville et ce mineur m'a lancé "et moi, je ne mérite pas d'être pris en photo?". Je lui ai expliqué mon projet et il s'est prêté volontiers au jeu bien qu'il était dépité. Il n'arrêtait pas de me dire : "le nombre de journalistes et photographes qui sont passés par là est important mais notre situation n'a pas changé depuis. Aujourd'hui nous prions allah sans attendre rien de personne"

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"Non loin du premier mineur que j'ai photographié, j'ai repéré des ouvriers de surface. On a discuté brièvement et si le plus jeune était enclin à poser devant l'objectif, son ainé le sommait de bosser plutôt. Ils s'occupaient de tamiser le charbon pendant que les mineurs sont sous le sol".

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Quelques minutes plus tard, voilà qu'un mineur refait surface. Sa sortie de sous terre est comme une sorte de résurrection. Dans les puits, ils ne sont à l'abri de rien donc le fait de réussir l'exploit de sortir sains et saufs, c'est un miracle !

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La gueule noire et le regard vif et enflammé de ce mineur m'ont frappé. Il sortait à peine du puits de charbon et lisait des versets de Coran. "A chaque fois, on risque notre vie" me lanca-t-il avec beaucoup de pudeur. Au fur et à mesure qu'ils creusent les puits qui peuvent atteindre les 70 mètres profondeurs, ils créent des structures en bois pour éviter l'éboulement. Donc un seul faux pas et c'est le drame.

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Cet ancien mineur m'a confié qu'il s'est cassé le dos, les bras et les jambes sept fois ! Et maintenant qu'il ne peut travailler comme mineur, il gère la partie technique de l'opération.

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C'est parmi les éléments les plus imposants de la ville et ça se voit à des kilomètres. Au début, je croyais que c'était une montagne mais il s'agit en fait d'un tas de déchets de charbons.

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Ce petit douar se trouve dans la périphérie de Jerada. Ces habitants travaillent pour le plus part d'entre eux dans les mines clandestines. Ils n'ont de toutes les manières pas le choix.

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Le transport du charbon : c'est la dernière étape de la journée.  Vous voyez bien que des personnes âgés font se travaillent alors que c'est très contraignant, ça force le respect.

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Le regard aux limites du sarcasme de ce jeune homme m'a beaucoup touché. On m'a confié qu'il a fait des études mais qu'il n'a pas trouvé de boulot. Il avait deux options : travailler dans les mines ou exploiter le métal de l'ancienne usine de traitement de charbon.

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Sur cette image, vous voyez ce qu'il reste de l'usine de Hassi Blal. On m'a raconté qu'après sa fermeture dans les années 2000, la société civile de la région voulait en faire un musée des mines mais finalement la fabrique a été démontée et les machines et objets de valeurs pillés...

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Ces jeunes sont comme des fourmis, ils passent leurs journées à creuser pour trouver du métal. Un travail de fourmi qui ne rapporte pas plus que 20 dirhams pour jour.

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Déçu par sa situation, ce jeune n'était pas du tout content de ramasser des bouts de métal...Il cristallise la crispation sociale qui a été enclenchée après la mort récente des deux mineurs.

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