A l’Office des changes, l’heure du bilan pour Jaouad Hamri

Connu pour être l’homme de la contribution libératoire, Jaouad Hamri a surtout initié la libéralisation du régime de change, en réussissant à jongler entre légalisme et pragmatisme. Bilan de cinq années de travail.

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Le 25 avril, Jaouad Harmi quittera ses fonctions de directeur de l’Office des changes, costume qu’il a enfilé en 2010. L’occasion pour Telquel.ma de dresser le bilan de ce businessman qui n’a intégré la fonction publique qu’en 2008, au poste de conseiller de Salaheddine Mezouar, alors ministre de l’Economie.

Libéralisation

La libéralisation totale de la réglementation des changes marocaine n’est pas pour tout de suite. Elle signifierait entre autres l’abandon de l’obligation de rapatriement des recettes d’exportation de biens et services, l’une des principales sources de devises pour le pays. Mais convaincu que certains textes actuels sont archaïques et injustes, et que la rigidité du régime dissuade dans une certaine mesure les investisseurs étrangers à s’installer, Jaouad Hamri a initié la libéralisation.

Les Marocains devraient bientôt pouvoir acquérir des biens immobiliers à l’étranger après autorisation de l’Office des changes sous condition de justifications, alors que l’achat des biens immeubles n’ést réservé aujourd’hui qu’aux personnes morales. Jaouad Hamri a décidé d’assouplir la dotation touristique : fixée à 40 000 dirhams, elle sera bientôt indexée sur l’impôt sur le revenu.

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Les particuliers n’ont pas été les seuls à profiter de cette politique de libéralisation. La nouvelle Instruction générale des opérations de change (IGOC) a, entre autres, supprimé le compte convertible à terme, sur lesquels les entreprises étrangères devaient déposer leurs produits.

Simplification

Ces dernières années, l’Office des changes a aussi tenté de simplifier les procédures auxquelles les Marocains sont soumis. Parmi les cas : celui des MRE. Le régime pour les ex-MRE souhaitant rapatrier leurs biens a par exemple été assoupli. Ces personnes, si elles comptent rapatrier leurs biens en dirhams convertibles,  n’ont plus à attendre l’autorisation de l’Office des changes.

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En septembre 2014, Jaouad Hamri nous expliquait que son institution voulait simplifier toutes les procédures« On dédramatise ce rapport à la devise ». Un chantier de refonte générale des opérations de change est maintenant en marche. Parmi les mesures pour aider les usagers : la télédéclaration ou le téléservice, qui évitent que les personnes n’aient à se déplacer.

Plus de deux milliards pour le fonds de cohésion sociale

Le 7 janvier dernier, une certaine euphorie planait au ministère de l’Economie et des finances. Jaouad Hamri communiquait à la presse, aux côtés de Mohamed Boussaïd et des patrons de banques les résultats de l’opération d’amnistie financière. Introduite dans la loi de finances 2014, elle incitait les Marocains détenant illégalement des biens, avoirs ou actifs à l’étranger à les déclarer. Près de 28 milliards de dirhams ont ainsi été enregistrés. Grâce au système de contribution libératoire, l’Etat a ainsi récolté 2,3 milliards de dirhams, qui ont servi à alimenter le fonds de cohésion sociale.

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Cette opération comme la nouvelle réglementation pour les anciens MRE permettent clairement de faire rapatrier de la devise. Or, l’un des principaux objectif de l’Office des changes est bien de garantir les réserves. Sous le mandat de Jaouad Hamri, l’institution a bien assuré son rôle.

Pragmatisme. Le terme semble bien qualifier la manière avec laquelle Jaouad Hamri s’est efforcé de mener sa mission. Le déroulement de l’opération de contribution libératoire en est un bon exemple. Un mois de sursis a été accordé pour rapatrier ses fonds. Aussi, après la fin de l’opération, l’Office accueillait encore bras ouverts les retardataires, avec des conditions moins avantageuses, mais permettant de valoriser les démarches spontanées.

Pédagogie et transparence…

Ces dernières années, l’Office des changes a énormément communiqué auprès des journalistes mais pas seulement. Pendant les dernières semaines de l’opération d’amnistie financière, Jaouad Hamri a multiplié les conférences pour inciter les concernés à en profiter et leur assurer que l’anonymat serait préservé.

En novembre 2013, l’Office des changes a surpris tout le monde (les journalistes du moins), en publiant ses bons de commande sur son site officiels. Tous les achats de l’institution (billets d’avion, bouteilles d’eau…) étaient détaillés.

… Mais silence prévisible à propos du roi

La communication s’arrête toujours quelque part. Au moment de l’affaire SwissLeaks, qui a révélé que le roi possédait un compte en Suisse, l’Office des changes si disponible habituellement, a refusé de commenter voire même seulement d’expliquer officiellement, si c’était le cas, que le souverain avait bien reçu l’autorisation de l’office pour ouvrir ce compte.

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