Quatre photographes marocains à suivre

Quatre photographes marocains à suivre

Quatre photographes issus de milieux différents traduisent leur inspiration en clichés. Zoom sur le parcours de jeunes artistes qui publient leurs photos sur le web comme on les accrocherait sur les murs d’une salle d’exposition.

Pourquoi chercher à séduire les gérants des salles d’expositions lorsqu’on peut dévoiler son travail aux yeux de la planète sur la toile ? Ces jeunes talents l’ont compris. A l’image d’artisans dont les ateliers regorgent de petites merveilles, ils font de leurs profils sur les réseaux sociaux une véritable mine créative, assurant recherche esthétique et développant une identité propre à travers leurs clichés. Au fil des pages, leurs voyages, des autoportraits mais aussi des visages rencontrés au quotidien. Découverte de quatre jeunes photographes dont le travail vaut le détour.

Abdela Igmirien

Abdela Igmirien portraitA travers son objectif, Abdela Igmirien nous fait découvrir la Chine. Ce diplômé en topographie de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II à Rabat a fini par s’installer dans l’Empire du milieu pour entamer sa vie professionnelle mais aussi poursuivre sa passion, la photo. Ses clichés, souvent en noir et blanc, se concentrent sur des visages qui regorgent d’émotion. « Je préfère le noir et blanc car ça oriente l’observateur sur les éléments pertinents de la photo sans le perturber par la polychromie », nous explique le jeune photographe. Dans ses séries, les rues chinoises côtoient celles de Beni Mellal, où il a grandi.

Quelques mois après son installation en Chine, il se lie avec la communauté des photographes qui lui fait découvrir une scène de jeunes talents foisonnant de créativité. C’est au fil de ces échanges qu’il commence à animer des workshops. A Hong Kong, il dirige un atelier sur les portraits  d’inconnus rencontrés dans la rue, agrémenté d’une exposition. A Pékin, il participe à un atelier avec une photographe polonaise: ils réalisent des portraits des habitants d’anciens quartiers de la ville et les impriment le jour même afin d’en faire une exposition en plein air. « J’essaie toujours d’avoir un élément humain dans mes photos, que ce soit des portraits ou pas. L’humain transforme l’espace vacant et lui attribue une richesse », analyse Abdela Igmirien.

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Zahrin Kahlo

Zahrin portraitDes couleurs organiques, des tons froids et une prédominance du bleu confèrent aux clichés de Zahrin Kahlo une mélancolie intrinsèque. « J’ai vécu presque toute ma vie en Italie. J’ai grandi avec un amour pour l’art et la peinture, et je cherche inconsciemment les mêmes lumières et les couleurs que l’on retrouve dans les peintures des grands maîtres italiens », confie la jeune photographe. Si elle est fascinée par la photo depuis son enfance, c’est à partir de son premier voyage en Turquie en 2009, qu’elle se rend compte de la nécessité d’en faire un métier. C’est ainsi qu’elle entame des études d’art à l’Académie des beaux-arts de Brera, à Milan.

« Avant de quitter l’Italie, j’étais encore étudiante en art, et pour gagner ma vie, j’ai travaillé comme assistante photographe de mode et aussi dans le cinéma », raconte Zahrin, installée à Marrakech depuis deux ans. « Je suis revenue poursuivre ma recherche sur l’art au Maroc », explique-t-elle. Dans ses clichés, l’élément humain est central. « Je fais beaucoup de portraits parce que j’aime regarder les gens autour de moi. J’observe leur caractère et leurs attitudes, et sans m’en rendre compte, je crée de nouveaux personnages dans ma tête et je sens l’exigence de rendre cette image visible à travers la photo », explique Zahrin, pour qui « tout élément nourrissant son imaginaire devient un sujet photographique. La maison de mes grands-parents, à titre d’exemple, est une source inépuisable d’images du passé ».

Suivre Zahrin Kahlo sur Behance

Zakaria Ait Wakrim

Zakaria PortraitDans les clichés de Zakaria Ait Wakrim, des couleurs aux contrastes affirmés et des paysages aériens qui confèrent aux instants immortalisés une certaine pesanteur. Des paysages à la beauté édifiante et des instants de vie volés qui marquent par leur simplicité, c’est ce qui compose le portfolio de cet ingénieur spécialisé en télécoms. « Quand on exerce un métier technique, on reste un technicien qui ne s’appuie que sur la logique. Or, le côté artistique est ce qui fait l’humain en nous », explique Zakaria. Installé à Malaga, en Espagne, depuis neuf ans, ce jeune de 26 ans décrit son travail comme « une expérience essentiellement expérimentale ». Il s’essaie à de nouvelles choses à chaque fois qu’il utilise son appareil photo: des clichés en noir et blanc contrastés aux paysages déserts en passant par des instants de vie où l’émotion humaine transparaît. Les photos de  Zakaria Ait Wakrim restent caractérisées par leur richesse esthétique. Les photographes qui l’inspirent ? Zakaria Ait Wakrim évoque « Klein, Avedon, Eggleston ou encore Bresson », avant de préciser que « c’est la grande communauté de photographes sur Internet qui me fait rêver ».

Profils de Zakaria Ait Wakrim sur Flickr et Behance/Son site officiel

Rim Battal Hascoet

George portraitEntre la photo de presse et la photo d’art, il n’y a qu’un pas. Et Rim Battal Hascoet a su le franchir. Diplômée de l’Institut supérieur de l’information et de la communication de Rabat, elle participe à des expositions collectives losqu’elle est encore étudiante. Une fois son diplôme de journaliste en poche, elle exerce le métier d’iconographe et réalise plusieurs reportages-photos avant de se consacrer entièrement à la photo d’art. « Je pense que l’on peut dire plus de vérité à travers la fiction que via le documentaire ou le reportage », témoigne Rim. « Cela me donne plus de marge de manœuvre, plus de possibilités créatives », poursuit-elle. Le fil conducteur de ses séries ? « Je me suis rendue compte que bien que je fasse de la photo d’art, je garde une démarche journalistique », explique la photographe plasticienne.

Le travail de Rim Battal reste en effet ancré dans la réalité et n’hésite pas à « pointer la contradiction, le paradoxe et l’absurde ». En témoigne sa série de photographies exposée actuellement au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain dans le cadre de son exposition inaugurale, 100 ans de création au Maroc. « Mariage(s) est une œuvre qui rend compte des paradoxes contenus dans le rituel de la fête du mariage au Maroc », explique-t-elle. Et de détailler : « la partie exposée au musée explicite certaines de ces contradictions qui résident, à titre d’exemple, dans l’impudeur de la fête, le faste et l’extravagance des tenues et l’appât que constituent les bijoux offerts à la mariée afin de mieux l’enfermer dans une institution en faillite, à savoir le mariage ». La clé de la compréhension de ses œuvres se trouve aussi dans ses poèmes. Actuellement, Rim Battal s’apprête à publier son premier recueil de poésie chez la maison d’édition française Lanskine et travaille en parallèle sur un roman.

Site officiel de Rim Battal Hascoet

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