Si ce phénomène touche l’ensemble du pays, il se révèle particulièrement préoccupant dans les zones rurales, où les contraintes socioéconomiques et l’éloignement géographique fragilisent la scolarisation. Pour y faire face, le ministère de l’Éducation nationale a déployé une stratégie globale, articulée autour de la prévention, du soutien, de la réintégration et des dispositifs d’appui social.
Des causes multiples
“Le décrochage scolaire est un phénomène persistant, qui coûte cher à notre pays et touche davantage les collèges, avec 160.000 collégiens qui quittent les établissements scolaires”, alerte Hssain Oujour
“Le décrochage scolaire est un phénomène persistant, qui coûte cher à notre pays et touche davantage les collèges, avec 160.000 collégiens qui quittent les établissements scolaires”, alerte Hssain Oujour, directeur de l’École de la Deuxième Chance et de l’éducation inclusive au ministère de l’Éducation nationale.
Les causes sont multiples, “généralement individuelles, liées aux conditions socioéconomiques des familles, mais aussi à la qualité de l’éducation et au cumul des carences d’apprentissage depuis le primaire jusqu’au collège”, explique le responsable.
La prévention au cœur de la feuille de route
Pour éviter l’abandon scolaire, le ministère mise sur une approche préventive. Le système Massar, lancé en 2013-2014, constitue l’un des outils les plus stratégiques. Grâce à la digitalisation des données scolaires, il permet de suivre en temps réel les absences, les résultats et les situations à risque.
Parents, enseignants et autorités éducatives sont ainsi alertés rapidement, favorisant une prise en charge personnalisée des élèves en difficulté. Sur le terrain, des cellules de veille ont été mises en place dans chaque établissement. Elles assurent une surveillance régulière de la fréquentation, identifient précocement les décrocheurs potentiels et coordonnent les interventions pédagogiques et psychosociales. Ces cellules servent également de passerelle de communication entre enseignants, familles et partenaires locaux.
“Les stratégies de lutte contre le décrochage scolaire s’appuient sur la mobilisation communautaire, afin d’impliquer tous les acteurs de l’environnement scolaire, que ce soient les parents ou d’autres institutions étatiques”, souligne Oujour.
Soutien pédagogique et accompagnement renforcé
Au-delà de la veille, la remédiation occupe une place centrale. “Nous tentons d’améliorer les approches pédagogiques et d’organiser des cours intensifs de soutien et de remise à niveau, pour permettre à chaque élève de poursuivre correctement son éducation scolaire”, poursuit Oujour. Le modèle des écoles et collèges pionniers, lancé il y a deux ans, incarne cette logique.
Cette année, plus de 3,1 millions d’élèves bénéficient de bourses scolaires. Le transport scolaire, essentiel dans les zones rurales, concerne plus de 683.000 enfants
Ces établissements misent sur un accompagnement intensif dès le début de l’année, avec une remédiation ciblée, un soutien scolaire continu et une attention particulière au bien-être psychosocial des élèves. Objectif : créer un climat scolaire favorable à la réussite et limiter les risques de décrochage, notamment au collège, niveau le plus vulnérable.
La lutte contre le décrochage scolaire ne peut également se dissocier des politiques d’appui social, qui visent à réduire les contraintes économiques pesant sur les familles. Cette année, plus de 3,1 millions d’élèves bénéficient de bourses scolaires. Le transport scolaire, essentiel dans les zones rurales, concerne plus de 683.000 enfants, tandis que plus de 217.000 autres sont hébergés en internat. Ces mesures garantissent une scolarisation plus stable pour les enfants issus de foyers modestes et pour ceux vivant loin de leur établissement.
Les écoles de la Deuxième Chance, une alternative pour les décrocheurs
Malgré les efforts de prévention, une partie des élèves échappe encore au système. Pour eux, une solution existe : les écoles de la Deuxième Chance. “C’est une alternative éducative complémentaire aux efforts du système éducatif formel. Car on ne peut avoir un système éducatif uniformisé, qui satisfera 100% des élèves en respectant leur rythme et style d’apprentissage”, explique Hssain Oujour.
Créées en 1998, à une époque où 1,5 million d’élèves quittaient les bancs de l’école, ces structures visent à ramener dans le circuit éducatif les jeunes en rupture scolaire, tout en leur offrant des perspectives d’insertion professionnelle. Le royaume compte aujourd’hui 222 écoles de la Deuxième Chance, gérées en partenariat avec environ 200 associations. Elles accueillent actuellement 24.000 bénéficiaires, avec pour objectif d’en atteindre 35 000 d’ici 2026, et 80.000 à l’horizon 2030, répartis sur 400 centres.
Des parcours souples et adaptés
Les formations proposées varient selon les centres mais reposent sur des principes communs : la flexibilité et l’adaptation aux besoins de chaque jeune. “C’est un programme à la carte. Mais il y a des constantes, car il ne s’agit pas d’être en contradiction avec le système éducatif formel”, précise Oujour. Ces écoles ne se limitent pas à l’enseignement académique. Elles préparent aussi les jeunes à la vie active.
“Nous travaillons pour faciliter les passerelles vers la formation professionnelle et l’insertion dans le milieu du travail. D’ailleurs, avant d’ouvrir une école de la Deuxième Chance, une étude d’environnement socio-économique est menée afin de connaître les besoins des futurs bénéficiaires et les possibilités d’insertion socio-économiques dans cet environnement”, explique le responsable.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces écoles ne sont pas une voie de garage. Les jeunes peuvent ensuite réintégrer le système formel, puisque c’est le même ministère qui mène les deux projets. “Donc les passerelles sont faciles à ce niveau-là”, assure Oujour.
Un cap fixé pour 2030
À travers la combinaison de dispositifs préventifs, de soutien scolaire, de mesures sociales et d’alternatives éducatives, le ministère entend ainsi réduire drastiquement le décrochage scolaire d’ici la fin de la décennie, notamment dans les collèges. “Toutes les mesures prises dans le cadre de la feuille de route doivent permettre à 80.000 collégiens sur les 160.000 qui ont décroché de poursuivre leur cursus. Les 80.000 autres, il faudrait absolument les orienter vers les écoles de la Deuxième Chance”, conclut Oujour.
