Alors que les icônes Lionel Messi et Cristiano Ronaldo disputeront cet été leur sixième et ultime Coupe du monde, un record, on se souviendra peut-être, dans quelques années, de ce Mondial nord-américain comme celui du couronnement de leur héritier : Lamine Yamal.
Deux ans après avoir mis l’Europe à ses pieds à l’Euro, en Allemagne, le jeune ailier de 18 ans, qui se remet actuellement d’une blessure aux ischio-jambiers, portera les espoirs de la Roja, d’Atlanta à Guadalajara, avec l’objectif de réaliser un doublé Euro-Coupe du monde, 16 ans après ses illustres aînés, les Xavi, Andrés Iniesta ou David Villa.
Dans son modeste quartier de Rocafonda, à une trentaine de kilomètres de Barcelone, son oncle, Abdul Nasraoui, conservait une petite réplique du trophée suprême dans sa boulangerie, racontant à ses clients qu’elle était destinée au jour où son neveu, repéré dès l’âge de sept ans par le grand Barça, le remporterait.
Beaucoup, à Mataró, disent avoir vu venir l’explosion du jeune gaucher, qui passait des heures à jongler, dribbler, au milieu des immeubles de béton. Mais c’est bien Jordi Roura, ex-responsable de la Masia, le centre de formation du FC Barcelone, qui fut le premier à le repérer, avec son collaborateur Aureli Altimira, lors d’un match de détections entre écoliers de la région.
Surdoué
« Au début, quand nous avons vu ce gamin un peu maigrichon, qui bougeait de façon un peu étrange, nous nous sommes dit : Hum, voyons voir », raconte Roura à l’AFP.
« Puis, une fois qu’ils ont commencé à jouer… Imaginez 20 enfants de sept ou huit ans, tous à courir dans tous les sens après le ballon. Eh bien Lamine faisait parfois des choses qui vous laissaient bouche bée. Au lieu de simplement courir après le ballon, comme les autres, il arrivait à trouver un espace, il fixait, cherchait à se mettre sur son pied gauche et exécutait très rapidement », détaille-t-il.
Un sens du dribble, affiné en jouant majoritairement dans la rue, qui démarquait déjà Lamine Yamal — son double prénom — des enfants de son âge.
« Le dribble est peut-être le geste technique le plus inné. C’est difficile de former un dribbleur. Lui, il avait ça. Il faisait des feintes, des choses qui vous faisaient dire « WOW ». Nous nous sommes donc dit que ce gamin avait quelque chose de spécial, même s’il semblait un peu frêle, et avons décidé de le recruter », poursuit Roura.
Fierté du quartier
Les négociations avec les parents, le père Mounir Nasraoui, originaire du Maroc, et la mère Sheila Ebana, originaire de Guinée équatoriale, ont été rapides. Et le reste, appartient déjà à l’Histoire : des buts par centaines à la Masia, des débuts en pro à 15 ans, et une vingtaine de records de précocité.
Tous ceux qui l’ont connu avant de devenir la star mondiale qu’il est aujourd’hui parlent d’un enfant calme, voire timide, qui vivait et dormait football, et passait beaucoup de temps avec sa grand-mère paternelle, Fatima. Elle fut la première de la famille à s’installer en Espagne, arrivant par ferry de Tanger en 1990, avant d’être rejointe par ses enfants.
Installée à Rocafonda, comme de nombreux immigrés venus du Maghreb à la même époque, elle y vit toujours et reçoit fréquemment la visite de son petit-fils, tandis que son fils Mounir, poignardé lors d’une altercation en 2024, vit depuis à Sarria, sur les hauteurs de Barcelone.
Lamine, même s’il a vécu ailleurs, à Roca del Valles, un peu plus au nord, après la séparation de ses parents, rend aujourd’hui hommage à ce qui restera toujours chez lui, en célébrant chaque but en formant avec ses mains un trois, un zéro et un quatre, les derniers chiffres du code postal de Rocafonda.
Son oncle Abdul, lui, a troqué sa boulangerie pour un bar nommé « Familia LY 304 », devenu un petit musée dédié à son neveu, dont il ne souhaite pas évoquer l’état de forme, à deux semaines du coup d’envoi du Mondial.
Derrière lui, la fameuse réplique du trophée, accompagnée de plusieurs maillots de Yamal, et une photo encadrée d’un de ses coups de génie, face à l’équipe de France à l’Euro-2024.
Il espère désormais voir son neveu soulever la vraie coupe, le 19 juillet à New York. « Si on gagne la Coupe du monde, là on discutera », promet-il. Le rendez-vous est pris.
