Géant de la pensée marqué politiquement à gauche, il était l’auteur d’une oeuvre connue dans le monde entier, à contre-courant de la sociologie traditionnelle se présentant comme une réflexion sur l’Homme à partir des données de la science.
« Jusqu’à ses derniers jours, Edgar Morin est demeuré attentif au monde, aux autres, et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée », a indiqué son épouse, Sabah Abouessalam Morin, sociologue de l’urbain d’origine marocaine qu’il avait épousée en 2012, dans un communiqué transmis à l’AFP.
L’originalité de ce juif laïque, qui se percevait comme un « braconnier du savoir », a été de refuser la parcellisation de la connaissance, au profit d’une vision culturelle et scientifique pluridisciplinaire, afin d’affronter « la complexité du réel”.
Edgar Morin estimait que plus s’aggravent les risques de crises, plus s’accroissent les chances de solutions. À la question, qu’on lui a très souvent posée, de savoir s’il était un optimiste ou un pessimiste, il répondait en 2005 : « Je suis un optipessimiste (…), j’espère sur un fond de désespérance ».
Né enfant unique le 8 juillet 1921 à Paris, dans une famille juive originaire de Salonique en Grèce, Edgar Nahoum rejoint en 1941 le Parti communiste et entre dans la Résistance sous le pseudonyme de Morin.
Il frappe les esprits en publiant en 1959 « Autocritique », qui relate son exclusion du PCF, dont il a été un des cadres, et ses propres aveuglements face au stalinisme.
Il est aussi à cette époque l’un des fondateurs du comité des intellectuels contre la guerre d’Algérie.
Précurseur de la « sociologie du présent », il va s’intéresser à des phénomènes peu étudiés par la sociologie : cinéma, nouvelles technologies, sport, métamorphose des campagnes…
Dans le cinquième volume de son maître-livre, « La Méthode », il écrit : « Plus nous connaissons l’humain, moins nous le comprenons. Les dissociations entre disciplines le fragmentent, le vident de vie, de chair, de complexité et certaines sciences réputées humaines vidangent même la notion d’homme ».
Edgar Morin s’est rendu à de nombreuses reprises au Maroc, et avait notamment fait un discours remarqué sur Gaza lors de la 2e édition du Festival du livre africain de Marrakech (FLAM) en 2024. Il avait déclaré : “Je suis indigné par le fait que ceux qui représentent les descendants d’un peuple qui a été persécuté pendant des siècles pour des raisons religieuses ou raciales, qui sont aujourd’hui les décideurs de l’État d’Israël, puissent non seulement coloniser tout un peuple, le chasser en partie de sa terre et vouloir l’en chasser pour de bon, mais qui en plus, après le massacre du 7 octobre, se sont livrés à un véritable carnage, massif, sur les populations de Gaza et continuent, sans arrêt”.
Il avait poursuivi en dénonçant “le silence du monde, le silence des États-Unis, protecteurs d’Israël, le silence des États arabes, le silence des États européens qui se prétendent défenseurs de la culture, de l’humanité, des droits de l’Homme”.
(avec AFP)
