Le projet de traité d’amitié entre la France et le Maroc s’inscrit dans une ambition claire : hisser la relation bilatérale à son plus haut niveau politique et stratégique. À l’image du Traité du Quirinal entre la France et l’Italie, ou des accords renforcés conclus avec l’Espagne, il ne s’agit plus simplement de coopérer, mais de structurer dans la durée une alliance assumée, lisible et exigeante. Ce type d’accord dépasse la simple entente diplomatique : il fixe un cap, une méthode et une obligation de résultats. Il consacre surtout une évidence trop longtemps implicite : la relation franco-marocaine est déjà dense, mais elle nécessite désormais un cadre d’excellence à la hauteur de son potentiel.
Deux peuples, une interdépendance profonde

Ce traité vient d’abord reconnaître une réalité tangible : la profondeur des liens entre nos deux pays. Éducation, culture, création artistique, échanges économiques, investissements industriels, infrastructures, coopération sécuritaire : aucun secteur n’échappe à cette interdépendance. Mais au-delà des États, ce sont aussi deux sociétés qui dialoguent en permanence. Deux peuples qui se connaissent, se respectent et construisent ensemble. Les Français établis au Maroc incarnent cette relation au quotidien : entrepreneurs, enseignants, cadres, acteurs culturels ou associatifs, ils sont le trait d’union humain d’un lien qui dépasse les institutions. Leur présence, leur engagement et leur contribution constituent l’une des matrices les plus solides de cette relation d’exception.
Dans les analyses récentes, une idée revient avec insistance : ce traité intervient à un moment charnière. Il ne s’agit pas simplement de consolider une relation existante, mais de la refonder sur des bases plus équilibrées, plus transparentes et plus respectueuses des intérêts de chacun. Car la relation franco-marocaine, aussi forte soit-elle, a connu des phases de tensions, d’incompréhension et parfois de crispation. Avant la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara et les provinces du Sud, d’autres sujets comme les questions migratoires, les enjeux sécuritaires ou les perceptions politiques divergentes ont pu fragiliser la confiance mutuelle.
Dans ce contexte, le traité d’amitié se présente à la fois comme une opportunité et comme une exigence. Une opportunité de dépasser les malentendus du passé et d’installer une relation mature, assumée, débarrassée des ambiguïtés héritées de l’histoire. Mais aussi une exigence : celle de ne plus se contenter de déclarations d’intention, mais de bâtir une coopération concrète, visible et harmonieuse.
Un rééquilibrage nécessaire : le Maroc, partenaire à part entière
“La relation avec la France ne peut plus être verticale ou implicite : elle doit être horizontale, stratégique et mutuellement bénéfique”
Afin d’éviter de faire réapparaître les démons du passé, il est nécessaire d’établir un rééquilibrage sincère de la relation. Le Maroc, aujourd’hui, n’est plus dans une posture de dépendance. Il s’affirme comme une puissance régionale, un hub économique et diplomatique en Afrique, un acteur incontournable sur les questions énergétiques, logistiques et sécuritaires. Dans ce nouveau contexte, la relation avec la France ne peut plus être verticale ou implicite : elle doit être horizontale, stratégique et mutuellement bénéfique. Le traité devra donc traduire cette évolution en actes, en reconnaissant pleinement le Maroc comme partenaire à part entière.
“Il ne s’agit plus seulement d’un accord entre deux États, mais potentiellement d’une matrice diplomatique capable d’inspirer de nouvelles coopérations entre l’Europe et l’Afrique”
Cependant, un constat s’impose également : la convergence d’intérêts entre les deux pays n’a sans doute jamais été aussi forte. Sur les grandes transitions du XXIe siècle — énergétique, numérique, industrielle et sécuritaire —, la France et le Maroc ont tout intérêt à coopérer étroitement. Le développement des énergies renouvelables, la gestion de l’eau, la structuration des infrastructures, les mobilités durables, l’intelligence artificielle ou encore la coopération africaine constituent autant de domaines où les complémentarités sont évidentes.
De nombreux experts considèrent ainsi que le Maroc s’impose désormais comme un partenaire clé pour la France, notamment dans son articulation avec l’Afrique et l’espace atlantique. Cette dimension confère au futur traité une portée située bien au-delà du cadre bilatéral. Il ne s’agit plus seulement d’un accord entre deux États, mais potentiellement d’une matrice diplomatique capable d’inspirer de nouvelles coopérations entre l’Europe et l’Afrique, fondées sur le respect, l’efficacité et la co-construction.
Des exigences concrètes pour un traité à la hauteur de ses promesses
Le traité d’amitié peut ainsi devenir un standard diplomatique : la démonstration qu’il est encore possible, dans un monde fragmenté, de construire des alliances solides. Mais pour être à la hauteur de ses promesses, il devra éviter un écueil majeur : rester un texte symbolique sans traduction concrète. Son succès dépendra de sa capacité à produire des résultats visibles et utiles pour les citoyens.
Cela suppose plusieurs exigences : une gouvernance claire, avec des mécanismes de pilotage et d’évaluation régulière ; des projets précis, inscrits dans des calendriers et portés par des acteurs identifiés ; et une attention particulière à l’équilibre et à la réciprocité.
“La relation franco-marocaine est portée, au quotidien, par des millions de trajectoires individuelles, familiales et professionnelles. C’est dans cette dimension humaine que réside sa plus grande force”
Il faudra également intégrer pleinement les sociétés civiles, les acteurs économiques et les diasporas dans la mise en œuvre du traité. Car la relation franco-marocaine ne se limite pas aux États : elle est portée, au quotidien, par des millions de trajectoires individuelles, familiales et professionnelles. C’est dans cette dimension humaine que réside sa plus grande force.
En définitive, le traité d’amitié entre la République française et le Royaume du Maroc ne doit pas être envisagé comme un aboutissement, mais comme un point de départ. Le point de départ d’une nouvelle étape, plus mature, plus ambitieuse et plus structurée, dans la relation entre les deux pays. S’il est bien conçu, bien mis en œuvre et porté politiquement au plus haut niveau, il peut devenir bien plus qu’un accord bilatéral : un véritable modèle de coopération internationale, un signal de stabilité dans un monde incertain, et la démonstration que l’histoire, lorsqu’elle est assumée et dépassée, peut devenir un levier d’avenir.
Yassin LAMAOUI est représentant du parti Horizons d’Édouard Philippe au Maroc . Il est aussi conseiller en diplomatie économique et stratégies d’influence.
