Que s’est-il passé ?
Après une attaque américano-israélienne contre des installations iraniennes desservant l’immense champ gazier de South Pars/North Dome, partagé avec le Qatar, l’Iran a annoncé qu’il allait cibler des infrastructures énergétiques chez ses voisins du Golfe.
Le premier site de production de gaz liquéfié (GNL) au monde, situé au Qatar à Ras Laffan, a été ciblé.
Le pays du Golfe a annoncé jeudi que les incendies sur le site étaient « maîtrisés », mais la compagnie publique qui l’exploite, QatarEnergy, fait état de « dommages considérables ».
Quelles inquiétudes?
Les experts craignent des conséquences à long terme, le site produisant à lui seul environ un cinquième du GNL expédié par bateau dans le monde. Deux raffineries de pétrole koweïtiennes ont également été touchées par des attaques de drone, provoquant des incendies, selon les autorités.
« Nous ne sommes pas encore dans le scénario du pire », mais « on s’en rapproche », estime jeudi une note d’analyse publiée par l’énergéticien français Engie. « La guerre est désormais clairement entrée dans une phase où les infrastructures énergétiques sont directement prises pour cible », ce qui annonce une pression à la hausse des prix, renchérit Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management.
John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement de Cité Gestion Private Bank, évoque de son côté un « basculement vers une guerre énergétique totale », avec ces frappes sur les infrastructures énergétiques et un pétrolier touché par un drone en mer Caspienne.
Olivier Gantois, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), se veut plus rassurant. « On peut s’en prendre militairement à de telles installations, mais c’est très difficile de les neutraliser », notamment parce que « l’essentiel se passe sous terre » et que les installations en surface sont en général « redondantes » avec des dizaines de puits de production.
Les dégâts sur les installations pétro-gazières s’ajoutent au blocage du détroit d’Ormuz, par où circule d’ordinaire 20% du pétrole et du gaz mondiaux.
Quelles conséquences ?
Les conséquences sur les marchés ont été immédiates : le prix du gaz européen s’est envolé jeudi. Peu après le début de la cotation à 07H00 GMT, le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne, a flambé de 28% à 70 euros le mégawattheure, après avoir grimpé jusqu’à 35%.
Cela a des conséquences sur le marché de l’électricité européenne, dont le prix est en partie déterminé par celui du gaz. « Les attentes du marché étaient celles d’une perturbation de courte durée », avec retour de l’offre au niveau d’avant conflit « d’ici mi-2026″, mais cette perspective semble désormais de plus en plus improbable », observe Kristy Kramer, responsable de la stratégie GNL pour le cabinet d’expertise Wood Mackenzie.
Même tendance côté pétrole : le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, s’envolait de 6,21% à 114,05 dollars vers 10H40 GMT, atteignant des niveaux inédits depuis le 9 mars quand il avait frôlé 120 dollars. Le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence du marché américain, se stabilisait après avoir pris 1,06% à 97,34 dollars plus tôt en séance.
« Il y a le sentiment que la crise est en train de s’installer, et que la hausse des prix ne sera pas un phénomène de courte durée », commente encore EnergyScan.
Et l’approvisionnement ?
Le centre de réflexion Rystad Energy relève en outre que l’Iran a menacé cinq installations en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis et au Qatar. « De telles attaques feraient probablement augmenter les prix du pétrole d’au moins 10 dollars supplémentaires et perturberaient fortement l’approvisionnement », avertit son vice-président Aditya Saraswat.
Ensemble, les cinq sites pèsent environ 20% du commerce global de GNL et jusqu’à 10% des importations de la région Asie-Pacifique en naphta, un dérivé pétrolier servant notamment à produire le plastique, explique Rystad dans une lettre d’information.
« L’ampleur des risques concernant les carburants, les produits chimiques, le GNL et les intrants d’engrais rend cette situation qualitativement différente des précédents épisodes de tensions dans le Golfe », estime encore Rystad.
