Dans une lettre adressée au Chef du gouvernement, à la ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, au ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, au ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, ainsi qu’aux présidents des groupes parlementaires, l’organisation syndicale appelle à une « mobilisation nationale pour sauver le secteur du préscolaire et de la petite enfance de l’effondrement ».
Le syndicat demande également l’intégration immédiate de toutes les éducatrices du secteur dans le système de couverture santé et de retraite sur la base d’un statut fondamental, ainsi que le lancement de programmes de formation gratuits et intensifs leur permettant d’obtenir des diplômes reconnus valorisant leur expérience et les habilitant à exercer officiellement la profession.
Il insiste sur la nécessité d’allouer au moins 2 % du budget général du secteur de l’Éducation nationale au soutien et à l’extension du préscolaire public, tout en accordant des aides financières et des facilités administratives et fiscales pour accompagner le secteur privé et le secteur non structuré vers l’intégration et l’amélioration de la qualité de leurs services.
L’organisation appelle aussi à l’ouverture d’un dialogue national sérieux et responsable, placé sous la supervision du Parlement, réunissant l’ensemble des acteurs concernés — syndicats, éducatrices, associations de parents d’élèves et experts en éducation — en vue d’élaborer, dans un délai maximal de six mois, une loi-cadre globale sur la petite enfance.
Elle plaide également pour la mise en place d’une commission nationale de suivi, dotée d’un véritable pouvoir d’action, afin de veiller à la mise en œuvre effective des engagements pris et d’éviter qu’ils ne restent lettre morte.
Le texte souligne la nécessité de créer un corps pédagogique indépendant dédié au préscolaire et à la petite enfance (0-6 ans), avec des programmes éducatifs spécialisés et modernes adaptés aux caractéristiques développementales de cette tranche d’âge déterminante, encadrés par des professionnels qualifiés et reconnus.
L’organisation dénonce par ailleurs des politiques publiques jugées entravantes et hostiles qui menacent l’existence même du secteur préscolaire. Ces politiques, qui touchent particulièrement le secteur non structuré, les jardins d’enfants et les crèches privées, ne constitueraient pas seulement un échec administratif, mais une atteinte aux droits fondamentaux de l’enfant, une marginalisation des femmes travaillant dans le secteur et une menace réelle pour le développement durable et l’avenir des générations futures.
Elle alerte sur une dégradation préoccupante du secteur, marquée par une mise à l’écart systématique du secteur non structuré, qui assure des services d’accueil et d’éducation précoce à plus de 1,5 million d’enfants âgés de 3 à 6 ans. Celui-ci fait actuellement l’objet de campagnes de fermeture, de poursuites et d’amendes lourdes. Selon elle, ces mesures risquent de conduire à la fermeture de milliers de crèches, notamment dans les quartiers populaires urbains ainsi que dans les zones rurales et montagneuses, privant ainsi des milliers de familles du seul service disponible pour leurs enfants.
L’organisation déplore également l’ignorance des revendications de plus de 90 000 éducatrices, majoritairement issues des classes moyennes et populaires. Bien qu’elles jouent un rôle essentiel dans l’éducation des générations, les politiques actuelles les considèrent comme des « travailleuses informelles » et les excluent de toute protection sociale. Elles exercent dans des conditions difficiles, sans assurance maladie, sans salaire minimum ni retraite, sans formation officielle ni reconnaissance de leurs qualifications et de leur expérience accumulée, ce qui accentue le phénomène de « pauvreté féminine » et leur vulnérabilité sociale.
Enfin, elle met en garde contre des conséquences irréversibles si ces politiques se poursuivent : aggravation de la crise de la prise en charge de la petite enfance, exposition de millions d’enfants à la rue ou à des structures non qualifiées à la suite des fermetures, et hausse du décrochage scolaire précoce, qui dépasse déjà 20 % dans certaines régions selon des indicateurs de rapports internationaux.
Les répercussions s’étendraient également au marché du travail féminin, avec un risque de chômage massif résultant du licenciement de dizaines de milliers d’éducatrices, compromettant leur source de revenus et entravant l’intégration des mères actives dans le marché du travail, sachant que 60 % des mères travaillant dans le secteur informel dépendent de ces crèches pour la garde de leurs enfants.
