La séance de la Chambre des conseillers a connu aujourd’hui un large débat sur la valorisation du travail domestique des femmes, non rémunéré, et sur son impact social et économique.
La ministre de la Solidarité, de l’Inclusion sociale et de la Famille, Naïma Ben Yahya, a présenté un exposé détaillé mettant en évidence l’ampleur des charges supportées par les femmes au sein des foyers. Elle a affirmé que ce travail est « producteur de services » malgré l’absence de toute contrepartie financière, et qu’il comprend la prise en charge de la famille, le nettoyage, la cuisine, l’agriculture domestique et l’aide aux projets familiaux.
La ministre s’est appuyée sur des données officielles du Haut-Commissariat au Plan selon les indicateurs 2025, qui montrent la persistance d’un large écart temporel entre les sexes dans le temps consacré au travail domestique et aux soins familiaux. Alors que la proportion du temps consacré à ce travail n’excède pas 3 % chez les hommes au niveau national, elle atteint 18 % chez les femmes. En milieu urbain, le taux descend à 2,7 % pour les hommes contre 19,3 % pour les femmes, tandis qu’il grimpe en milieu rural à 23,1 % chez les femmes.
Elle a indiqué que les femmes au Maroc, comme dans le reste du monde, assument près de 90 % de l’ensemble des travaux domestiques non rémunérés, ce qui fait de la question de la valorisation de ce travail un élément des directives royales visant à renforcer les droits des femmes, en cohérence avec les dispositions constitutionnelles et le programme gouvernemental.
Lors de la séance, Ben Yahya a insisté sur le fait que la reconnaissance du travail domestique est une « question de considération et d’équité », ajoutant que de nombreuses femmes au foyer accomplissent un travail quotidien continu tout en disant « qu’elles ne travaillent pas », une perception sociale nécessitant une révision. Elle a affirmé qu’« il n’est pas acceptable que des millions de femmes accomplissent des rôles essentiels au sein de la famille sans que cela ne fasse l’objet d’aucune reconnaissance ou protection ».
La ministre a annoncé que son département a ouvert un débat national accompagné d’études comparatives de certaines expériences internationales, et est parvenu à un ensemble de propositions susceptibles de constituer la base d’une nouvelle politique publique. Parmi ces propositions figurent l’attribution de revenus ou de transferts financiers aux femmes sans revenu, la possibilité pour les femmes au foyer d’accéder à la protection sociale, l’intégration du travail domestique dans les indicateurs nationaux de l’emploi, et la possibilité pour les femmes n’exerçant pas de travail rémunéré d’obtenir une pension. Les propositions comprennent aussi l’adoption d’indemnités financières pour les mères et les épouses, la prise en compte des années consacrées à l’éducation des enfants dans les années de retraite, ainsi que des modèles internationaux ayant accordé une « retraite partielle » à celles dont la carrière a été interrompue pour s’occuper de leurs enfants.
Selon la ministre, le gouvernement poursuivra la formulation de ces mesures afin d’aboutir à une formule équitable garantissant la reconnaissance des efforts invisibles fournis par les femmes au sein de leurs foyers, en harmonie avec les engagements du Maroc en matière de droits humains et de développement.
