Fruits et légumes marocains : l'Espagne importe pour 481 millions d'euros, ses producteurs s'alarment

Les importations espagnoles de fruits et légumes marocains ont explosé au premier trimestre 2025 : +24% en volume et +23% en valeur, atteignant plus de 188.000 tonnes et 481 millions d'euros. Cette progression inquiète les producteurs espagnols qui dénoncent une concurrence déloyale et réclament une réforme des accords commerciaux.

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Un vendeur de tomates à Casablanca. Crédit: Yassine Toumi / TelQuel

Le commerce de fruits et légumes entre le Maroc et l’Espagne connaît une expansion remarquable qui suscite des préoccupations croissantes en Espagne. Durant le premier trimestre 2025, les volumes d’importation espagnole depuis le royaume chérifien ont progressé de 24%, tandis que leur valeur commerciale a augmenté de 23%, totalisant 188.076 tonnes pour une valeur de 481 millions d’euros.

Selon Euro Fruit, cette tendance s’inscrit dans une dynamique pluriannuelle significative. L’analyse des statistiques douanières révèle qu’entre 2021 et 2025, les importations ont crû de 20% en volume, passant de 156.229 tonnes à 188.076 tonnes au premier trimestre. Parallèlement, leur valeur marchande a connu une hausse spectaculaire, évoluant de 311 millions à 481 millions d’euros sur la même période.

L’exemple de la tomate

Le secteur de la tomate illustre bien cette dynamique d’expansion. Les importations espagnoles de tomates marocaines ont bondi de 34% au premier trimestre 2025, atteignant 32.313 tonnes contre 24.118 tonnes l’année précédente. Cette progression volumétrique s’accompagne d’une valorisation encore plus prononcée, avec une augmentation de 57% de la valeur commerciale, qui passe de 33,4 à 52,5 millions d’euros.

D’autres productions marocaines maintiennent également leur présence sur le marché espagnol, notamment les poivrons (32.046 tonnes, représentant 42,6 millions d’euros malgré une légère baisse volumétrique de 2%). En revanche, les haricots verts connaissent un recul tant en volume (19.601 tonnes, -17%) qu’en valeur (42 millions d’euros, -12%).

Face à cette situation, la Fédération espagnole des organisations de producteurs de fruits, légumes et fleurs (Fepex) exprime ses inquiétudes concernant la compétitivité du secteur national. L’organisation professionnelle souligne un déséquilibre structurel lié aux différences normatives : les producteurs européens doivent respecter des exigences phytosanitaires, sociales et du travail plus strictes que leurs homologues des pays tiers, ce qui affecte leur position concurrentielle.

La Fepex plaide pour une réforme

Cette situation engendre, selon Fepex, un phénomène de délocalisation productive. L’association observe que l’augmentation des importations marocaines contribue au déplacement de la production espagnole de tomates, une évolution qu’elle attribue en partie à l’inefficacité des prix d’entrée établis par l’Accord d’association UE-Maroc.

Estimant que les prix d’entrée actuels sont devenus « obsolètes » et n’accomplissent plus leur fonction régulatrice, Fepex plaide pour une réforme substantielle de ces dispositifs. L’organisation considère cette révision comme cruciale pour maintenir la viabilité d’une culture présentant un poids socio-économique important dans les régions productrices espagnoles et pour préserver la souveraineté alimentaire du pays.