Afin de connecter les zones rurales isolées, le gouvernement marocain adopte une nouvelle stratégie en s’appuyant sur la technologie satellitaire de Starlink, opérée par SpaceX, la société du milliardaire Elon Musk.
La ministre déléguée à la Transition numérique et à la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a annoncé lundi au Parlement le déploiement de satellites pour fournir une connexion Internet là où les réseaux terrestres sont impraticables.
Pour encourager l’adoption de cette solution, l’État prévoit un soutien financier allant jusqu’à 2.500 dirhams par abonnement, avec un plafond annuel de 4.000 bénéficiaires. Cette mesure vise à réduire la fracture numérique dans les zones non couvertes.
Objectif : atteindre une couverture complète d’ici 2026
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan national d’extension du haut et très haut débit, dont la première phase a permis de desservir plus de 10.660 zones rurales sur les 10.740 identifiées, avec un taux de couverture avoisinant les 90 % via les réseaux 2G, 3G et 4G.
Une deuxième phase a été lancée pour cibler plus de 1.800 localités souffrant d’une couverture insuffisante, avec une mise en œuvre coordonnée entre le ministère, les élus locaux et les parlementaires. L’objectif est d’atteindre une couverture complète d’ici 2026.
Par ailleurs, le gouvernement prévoit l’élargissement du roaming national à 7300 zones, y compris en 4G.
Un tournant annoncé dès 2024
Ce virage technologique ne surprend pas. En novembre 2024, TelQuel révélait en exclusivité que l’ANRT étudiait déjà, en toute discrétion, l’octroi d’autorisations à Starlink et OneWeb pour opérer dès 2025. Objectif : transformer l’accès à Internet dans les zones éloignées et positionner le Maroc comme un leader technologique sur le continent, à l’approche de la Coupe du monde 2030.
Ces services satellitaires, offrant des débits compris entre 50 et 150 Mb/s, dépassent ceux des opérateurs classiques hors zones urbaines. Leur déploiement garantirait aussi une résilience accrue des communications en cas de panne des réseaux terrestres – Starlink ayant par exemple été utilisé après le séisme d’Al Haouz en 2023.
Un jeune marocain, Ali Lakrakbi, avait utilisé des batteries et exploité les satellites SpaceX, ainsi que le réseau Starlink, pour éclairer la région touchée par le séisme et fournir un accès vital à Internet. Cette action a eu un impact significatif en permettant aux habitants de communiquer avec leurs proches, de contacter les services de sécurité et de permettre aux gens de cuisiner.
Toutefois, la dépendance à des fournisseurs étrangers soulève des interrogations sur la souveraineté numérique, d’autant que Starlink a déjà restreint ses services dans des zones de conflit, comme en Ukraine. Ce risque est au cœur des préoccupations de l’ANRT, qui supervise aussi le développement de solutions satellitaires nationales à travers des partenariats, comme celui entre Panafsat et Thales Alenia Space pour connecter 26 pays africains en VHTS (Very High Throughput Satellite, satellite à très haut débit).
