L’Algérie est “manifestement devenue l’enjeu de querelles politiques intra-françaises où tous les coups bas sont permis”, a dénoncé le ministère algérien des Affaires étrangères.
En désignant un coupable : l’extrême droite française, “instigateur”, “référent” et “donneur d’ordres” selon lui.
La relation bilatérale a connu un violent coup de frein fin juillet quand Paris a apporté son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara. L’Algérie a réagi en retirant son ambassadeur à Paris et menacé d’autres représailles.
La crise s’est aggravée avec l’incarcération à Alger à la mi-novembre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, poursuivi pour des déclarations faites en France à un média réputé d’extrême droite et considérées comme portant atteinte à l’intégrité du territoire algérien.
L’arrestation par Paris en début d’année d’influenceurs algériens pour apologie de la violence, et l’expulsion d’Algériens renvoyés par Alger, ont envenimé la situation.
Avant de nouvelles critiques ces derniers jours envers le refus de l’Algérie d’accepter un ressortissant en situation irrégulière, auteur d’un attentat le 22 février à Mulhouse, dans l’est de la France, qui a fait un mort.
Dans ce contexte explosif, le Premier ministre français François Bayrou a lancé mercredi un ultimatum “d’un mois à six semaines” à l’Algérie, menaçant de dénoncer “la totalité des accords” bilatéraux sur les questions migratoires, “pas respectés” selon lui. Ce qui fait dire au site d’information TSA que “la rupture n’est plus impensable”.
“L’Algérie ne trouve pas d’interlocuteur autre que les voix extrémistes. Invité par le président Tebboune à s’exprimer, Emmanuel Macron se mure dans le silence”, a déploré TSA.
Le président français avait pourtant opéré un rapprochement spectaculaire avec Alger lors d’une visite officielle à l’été 2022, marquée par le lancement d’une commission mixte d’historiens sur le difficile dossier mémoriel et un redémarrage tous azimuts de la relation bilatérale.
Aujourd’hui, plusieurs observateurs jugent les menaces françaises contre-productives. “Paris fait fausse route”, affirme ainsi le politologue Hasni Abidi, car “les sanctions brandies par la France ne sont de nature ni à ramener la sérénité ni à constituer une pression sur les autorités algériennes”.
La réunion de Paris sur l’immigration a été “perçue comme une énième cabale contre l’Algérie”, explique Abidi, pour qui “le laisser-faire du président Macron a donné des ailes à la droite conservatrice et l’extrême droite”.
Jusqu’à présent, l’Algérie fait preuve de “retenue”, selon Abidi, qui note qu’hormis quelques communiqués officiels, “Alger s’est gardé de commenter l’évolution de ses relations avec Paris, dans l’attente d’une prise de parole (de Macron) pour revenir à des négociations plus sereines”.
Mais si la situation dégénère, le plus probable c’est qu’Alger applique “le principe de réciprocité”, prévoit Abidi, et “le déplacement du personnel français, le volume des échanges économiques et les échanges en matière de sécurité risquent d’en souffrir”.
Le ministère algérien des Affaires étrangères a d’ailleurs mis en garde contre “des conséquences incalculables sur la relation algéro-française dans toutes ses dimensions”.
L’Algérie, qui compte parmi ses gros clients l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne, avec qui les relations sont au beau fixe, est un important fournisseur de gaz pour la France. Environ 450 entreprises françaises sont également implantées en Algérie.
Et à la mi-janvier, le chef de l’agence de renseignements français DGSE a effectué, selon Le Figaro, une visite à Alger pour relancer la coopération dans la lutte antiterroriste au Sahel, où la montée en puissance de groupes liés à l’organisation jihadiste État islamique inquiète les experts.
Conscients des enjeux, quelques rares politiciens français appellent à un changement de ton à Paris, comme l’ex-chef de la diplomatie Dominique de Villepin qui a récemment expliqué que “le bras de fer ne fonctionne pas avec un État comme l’Algérie, qui a une forte identité nationale”.
L’historien français spécialiste de l’Algérie, Benjamin Stora, a exhorté mercredi Macron à “parler” et “trouver les mots justes”, alors qu’on n’a “jamais connu de crise aussi grave entre les deux pays”.
