Insertion professionnelle : pourquoi le marché du travail peine à absorber les nouveaux entrants

Malgré la création de milliers d’emplois en 2024, le marché du travail peine à résorber le chômage, qui progresse pour atteindre 13,3 %. Les jeunes et les femmes restent les plus touchés, tandis que les zones rurales subissent une perte nette d’emplois. Entre crise agricole, croissance atone et inadéquation entre formation et besoins du marché, les défis structurels s’accumulent.

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Yassine Toumi / TelQuel

Malgré une reprise timide post-Covid, le marché de l’emploi marocain peine à absorber les nouveaux entrants et à inverser la courbe du chômage. Les dernières données du Haut-commissariat au plan (HCP) indiquent que le taux de chômage a progressé en 2024, atteignant 13,3% contre 13% en 2023. Cette augmentation traduit des difficultés structurelles qui entravent la création d’emplois durables, en particulier pour les jeunes et les femmes.

Mohamed Adil Ichou, professeur d’économie à l’Université de Beni Mellal, estime, dans une déclaration à Hespress, que “le marché du travail au Maroc en 2024 a connu des transformations structurelles importantes”, mettant en avant la forte progression du chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans, passé de 35,8% à 36,7%, et chez ceux de 25 à 34 ans, de 20,6% à 21%. La situation est encore plus marquante pour les femmes, dont le taux de chômage a bondi à 19,4%. “C’est un indicateur de la fragilité de l’insertion des femmes dans le marché du travail”, commente l’universitaire.

Autre tendance notable : l’augmentation du nombre de chômeurs récents. La proportion des demandeurs d’emploi sans emploi depuis moins d’un an est passée de 33,3% à 37,1%, tandis que la durée moyenne du chômage a légèrement reculé, de 32 à 31 mois.

Ainsi, si 82.000 nouveaux emplois ont été créés en 2024, ils ne suffisent pas à compenser la perte de 157.000 postes en 2023. Le milieu rural a été particulièrement touché, avec une perte nette de 80.000 emplois en un an, tandis que les zones urbaines ont enregistré une hausse de 162.000 emplois.

Il est crucial pour le gouvernement de mettre en place des politiques économiques flexibles et innovantes afin de favoriser l’emploi durable et d’équilibrer croissance et embauche”, recommande Ichou, et d’ajouter : “Ces chiffres reflètent la persistance de la relation inverse entre la croissance économique et le chômage, ce qui a été confirmé par une étude sur la loi d’Okun au Maroc, montrant que le taux de chômage réagit plus fortement au ralentissement économique qu’aux périodes de croissance, ce qui indique une faible capacité de l’économie à créer des emplois durables.”

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Dans une déclaration à Hespress, le professeur Zakaria Ferano, de l’Université Mohammed V de Rabat, relie ces difficultés à trois facteurs majeurs. D’abord, “la dégradation du secteur agricole due à une sécheresse persistante depuis six ans, rendant urgente la modernisation des méthodes d’irrigation et la diversification des cultures”. Ensuite, “la croissance trop faible de la valeur ajoutée dans les secteurs non agricoles, qui plafonne à 4%, limitant leur capacité à générer des emplois”. Enfin, “le contexte international instable, depuis la pandémie de 2020 (Covid-19), n’a pas donné l’élan espéré à l’économie mondiale”.

Il doit y avoir une vision de développement axée sur l’emploi (‘développement par l’emploi’). C’est une priorité pour l’économie nationale afin de donner un élan à une valeur ajoutée génératrice d’emplois”, explique Ferano, avertissant que “la persistance du chômage parmi les nouveaux chômeurs et les diplômés de l’enseignement supérieur et intermédiaire indique un écart entre le système éducatif et le marché du travail”.

Il estime que, pour réduire l’écart entre le système éducatif et les besoins du marché du travail il faut “innover et développer des professions dans de nouveaux secteurs tels que les énergies renouvelables, l’automobile, l’aéronautique, ainsi que l’industrie de la défense, ce qui pourrait fournir de nouvelles opportunités d’emploi”.