La région maghrébine reste une exception mondiale en matière d’intégration, selon Marzouki. Alors que d’autres ensembles régionaux ont su bâtir des coopérations solides, l’UMA demeure paralysée par des tensions historiques et des divergences politiques. L’ancien chef d’État tunisien rappelle que la proximité culturelle et linguistique entre les peuples du Maghreb aurait dû favoriser une dynamique unitaire, mais que les blocages persistent.
Divisions politiques
Lorsqu’il était à la tête de la Tunisie (2011-2014), Moncef Marzouki affirme avoir cherché à adopter une posture équilibrée face au différend opposant l’Algérie et le Maroc, avec pour objectif de favoriser un rapprochement. Une ligne de conduite qu’il estime aujourd’hui abandonnée par son successeur Kaïs Saïed, qu’il accuse d’avoir rompu avec la tradition diplomatique tunisienne en prenant des positions qu’il juge clivantes.
Parmi les solutions qu’il avait proposées pour relancer l’intégration régionale figurait le projet des “cinq libertés” : la liberté de circulation, de résidence, d’investissement, de travail et de participation aux élections locales. Une initiative qui, selon lui, aurait permis d’instaurer un début de coopération concrète entre les citoyens maghrébins, en attendant un éventuel règlement des différends politiques.
Mais cette proposition s’est heurtée à une opposition, notamment de la part de l’Algérie, qu’il accuse d’avoir bloqué sa mise en œuvre. Ce refus, estime Marzouki, illustre l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le projet maghrébin, englué dans des conflits qui perdurent depuis des décennies.
Au-delà des blocages politiques, Marzouki s’inquiète également des divisions croissantes entre les peuples du Maghreb. Il évoque avec nostalgie une époque où les étudiants tunisiens, algériens et marocains “partageaient un même espace militant, que ce soit en Afrique du Nord, au Moyen-Orient ou en Europe”. Aujourd’hui, il constate un climat de défiance exacerbé, notamment sur les réseaux sociaux, où les tensions entre jeunes Maghrébins, particulièrement entre Marocains et Algériens, se multiplient.
Face à cette situation, il appelle la jeunesse à ne pas renoncer à l’idéal d’une union maghrébine et à continuer de défendre les principes des “cinq libertés”. Car, selon lui, l’avenir du Maghreb passe par une coopération renforcée et un dépassement des clivages hérités du passé.
“Je crains que les nouvelles générations ne deviennent des ennemies les unes des autres. Ce que je vois sur les réseaux sociaux entre Algériens et Marocains est inimaginable. Nous avons atteint des niveaux effrayants de conflit et d’animosité”, a-t-il conclu.
