Fin octobre 2025, deux récits du Maroc s’écrivent en même temps, sans jamais se croiser. Depuis des semaines, la presse internationale raconte une jeunesse en colère, descendue dans la rue contre les hôpitaux qui manquent et les milliards engloutis dans les stades.
Puis, le 31 octobre, à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 2797 et consacre le plan d’autonomie marocain comme base d’un règlement au Sahara, consacrant la plus grande victoire diplomatique du royaume depuis un demi-siècle.
Le même pays, la même semaine: ici un pays contesté par sa rue, ailleurs un Maroc qui trace sa route dans le concert des nations. Tout dépend du journal qu’on ouvre.
Le cabinet Affinytix a analysé six mois de presse internationale. De septembre 2025 à mars 2026, soit la séquence qui va de la contestation de l’automne à l’après-CAN
C’est ce grand écart qu’a voulu mesurer le cabinet casablancais Affinytix, en analysant six mois de presse internationale. De septembre 2025 à mars 2026, soit la séquence qui va de la contestation de l’automne à l’après-CAN. Le résultat dessine moins une réputation qu’une géographie.
À Dakar comme à Bamako, le Maroc est raconté avec affection ; dans le Golfe, on le célèbre ; à Pékin, on le chiffre. Mais à Londres, Washington et Paris, le ton reste tiède, parfois négatif, toujours sur la réserve. Plus un de ces pays se rapproche diplomatiquement du Maroc, semble-t-il, moins sa presse le ménage.
Pour chaque pays, l’étude avance une note : le ton de la presse, de −100 (hostilité totale) à +100 (éloge total). Mais ce thermomètre ne dit pas tout, et c’est là que l’analyse devient intéressante.
La vraie influence n’est pas l’enthousiasme, c’est la crédibilité
Car un éloge n’est pas forcément une bonne nouvelle. Quand une presse encense le Maroc sans nuance — comme au Mali, où l’admiration confine à la dévotion, ou dans le Golfe —, ses louanges cessent d’être une information pour devenir une opinion : elles ne convainquent que les déjà convaincus.
À l’inverse, un constat mesuré, même tiède, qui s’appuie sur des faits vérifiables, pèse bien plus lourd dans l’esprit d’un lecteur étranger. La vraie influence n’est pas l’enthousiasme, c’est la crédibilité.
Deux articles, repérés par l’étude, résument ce paradoxe. À l’automne, un titre comme celui du Monde sur « les visages d’une jeunesse en colère » est négatif. Il transforme des manifestations en procès d’un pays fait par toute une génération.
En décembre, après l’effondrement d’un immeuble à Fès qui a fait vingt-deux morts, la BBC titre sobrement sur le drame : sans rien y ajouter, elle se contente des faits. Le second article est le plus noir des deux. C’est pourtant le premier qui pèse sur l’image du pays.
Voilà ce que ce dossier traque, pays par pays : non pas si la presse aime ou non le Maroc, mais comment elle le raconte. Et ce que ce récit, amène ou sévère, flatteur ou hostile, dit de la place réelle du royaume dans le monde.
Sommaire
France Tout connaître, ne rien pardonner
Espagne Le voisin qui a changé d’avis
Royaume-Uni Le ralliement que la presse n’a pas imprimé
États-Unis Le partenaire qu’on dissèque
Italie Le partenaire qu’on ne regarde jamais en face
Algérie Guerre perdue sur le terrain, la presse la poursuit
Sénégal Ce que la fraternité ne dit pas
