Trump va-t-il accepter un péage iranien sur le détroit d'Ormuz ?

Le 18 mai, l'Iran a annoncé la création d'une entité chargée de “gérer” le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz et d'en percevoir les revenus. Une manœuvre unilatérale qui pose une question brutale : faut-il acheter la paix à Téhéran pour éviter une récession mondiale ?

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Fait invraisemblable il y a encore trois mois : le 20 mai, la simple traversée d’un pétrolier sud-coréen à travers le détroit d’Ormuz a fait les gros titres. Sur les marchés financiers, l’événement a entraîné une baisse du prix – de quelques dollars – du baril de pétrole. L’explication ? Séoul, puis Pékin, ont trouvé le moyen de s’entendre avec la République islamique d’Iran pour s’approvisionner en hydrocarbures du Golfe arabo-persique, dont leurs économies sont tributaires.

Car avec un sens de la provocation qui rappelle celui de leur opposant, le président des États-Unis Donald Trump, les Gardiens de la révolution ont annoncé le 18 mai la création ex nihilo d’une structure chargée de percevoir un droit de passage dans le détroit. Sur X, la Persian Gulf Strait Authority (PGSA) assure “gérer la navigation dans les limites nouvellement fixées du détroit d’Ormuz”. Le régime iranien a établi de nouvelles frontières étendues pour ce qu’il considère être une “zone d’opération maritime” sur laquelle il exerce son autorité (voir carte ci-dessous). “Tout passage sans permis délivré par la PGSA sera considéré comme illégal”, prévient l’instance.

Si la communication iranienne ne mentionne pas explicitement un péage, c’est l’un des mécanismes envisagés. Téhéran a déjà posé ses conditions en avril : à la levée du blocus et au retour de la paix dans le Golfe, chaque pétrolier traversant le détroit d’Ormuz devrait s’acquitter d’une taxe de 2 millions de dollars en yuans ou en cryptomonnaies. Si l’on se base sur les jours précédant sa fermeture (environ 140 traversées par jour), l’Iran pourrait virtuellement tirer 102 milliards de dollars de péage par an, soit plus de 20% du PIB national. Un montant colossal qui paraît difficile à imposer comme prise de guerre par l’Iran.

Le régime a imaginé d’autres voies, comme un système d’assurance baptisé “Hormuz Safe” pour les navires traversant le détroit, et dont il estime les revenus à 10 milliards de dollars, toujours en cryptomonnaies. L’idée pourrait davantage convaincre, tant par la modération de son montant que par sa possible conformité avec le droit international. Enfin, Téhéran souhaite taxer non pas seulement tout ce qui flotte, mais aussi tout ce qui traverse “son” détroit. Cela comprend les données Internet passant par les câbles sous-marins. Rhétorique mafieuse à l’appui, la République islamique se propose “d’entretenir les câbles” de communication en échange d’un petit pécule : 15 milliards de dollars, selon le parlementaire iranien Mostafa Taheri. À travers ce chantage – la seule manière d’obtenir un paiement serait de menacer de couper lesdits câbles –, le régime se donne les moyens d’isoler numériquement les pays du Golfe. En d’autres termes, il entend transformer son contrôle militaire du détroit en manne financière, potentiellement plus lucrative que le Canal de Suez, qui représentait 20% des recettes budgétaires égyptiennes en 2015.

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