Prix du mouton : Comment Akhannouch & co ont tondu les Marocains

L’État a mobilisé 13,1 milliards de dirhams en subventions et exonérations au profit de 277 importateurs de bétail. Pourtant, les prix de la viande se sont envolés. Des opportunistes se sont greffés pour profiter de la manne financière lâchée par l’Exécutif. Enquête sur un scandale d’État.

Par et

L’État a mobilisé 13,1 milliards de dirhams en subventions et exonérations au profit de 277 importateurs de bétail. Pourtant, les prix de la viande se sont envolés. Des opportunistes se sont greffés pour profiter de la manne financière lâchée par l’Exécutif. Enquête sur un scandale d’État. Crédit: TelQuel

Le 15 avril 2026, à la tribune du parlement, Aziz Akhannouch présente le bilan de son quinquennat. Devant les deux Chambres réunies, le Chef du gouvernement annonce un cheptel national reconstitué “entre 33 et 40 millions de têtes”. Un écart de sept millions de têtes. L’équivalent du cheptel ovin français entier. Un aveu, dans la bouche d’un ancien ministre de l’Agriculture qui avait pourtant lancé, en février 2015, le Système national d’identification et de traçabilité animales (SNIT) pour justement rendre impossible ce type d’approximation. Six jours plus tard, il revient à la tribune presser les éleveurs : “Celui qui veut entrer sur le marché doit le faire maintenant. (…) Ceux qui entreront plus tard verront les prix baisser pour leurs produits, ce qui correspond aux attentes des citoyens”. À six semaines de l’Aïd, le Chef du gouvernement a pris publiquement, à la tribune du parlement, le parti des spéculateurs contre celui des ménages marocains. Des propos qui ont consterné des membres de sa propre majorité, selon nos informations.

En ce début mai au souk de Guisser près de Settat, des moutons de petit gabarit se vendent à 5500 dirhams. Le kilo de mouton atteint 200 dirhams. Une nouvelle catégorie d’opérateurs — “mieux organisés, disposant de capitaux importants, moins dépendants de la vente à l’Aïd”, selon les sources du marché citées par Médias24 — s’organise pour retenir le bétail. Les petits éleveurs, eux, vendent vite. En situation précaire, ils souhaitent vendre au prix le plus haut. Entre ces deux scènes — la tribune et le souk — se déploient onze ans d’une politique publique qui a englouti 13,1 milliards d’argent public sans faire baisser le prix de la viande, ni éviter que le roi n’appelle à renoncer au sacrifice de l’Aïd 2025.

La suite de cet article est réservée aux abonnés.
Soutenez un média indépendant et exigeant
  • Accédez à tous les contenus de TelQuel en illimité
  • Lisez le magazine en numérique avant sa sortie en kiosque
  • Accédez à plus de 1000 numéros de TelQuel numérisés
Déjà abonné ? Se connecter