Ce qui se plaide → Rabat joue la montre face à Emmerson

Le Maroc a déposé le 11 mai une demande de bifurcation dans l’arbitrage qui l’oppose à Emmerson PLC : le développeur minier britannique réclame 1,215 milliard de dollars en raison du blocage du projet de potasse de Khémisset. Rabat demande que ses objections de compétence soient examinées en priorité, avant tout débat sur le fond. Si le tribunal accepte, la procédure sera scindée en deux phases : compétence d’abord, réparations ensuite. Le projet s’est heurté à un refus d’autorisation environnementale, mais les permis miniers d’Emmerson, eux, n’ont jamais été retirés. C’est l’argument central de Rabat : sans révocation des permis, il n’y a pas d’expropriation. Cette manœuvre est classique dans les arbitrages d’investissement : contester la compétence du tribunal avant d’affronter le fond peut faire tomber tout ou partie des demandes. Pour le Maroc, une condamnation à plus d’un milliard de dollars d’indemnisation enverrait un signal négatif aux investisseurs miniers à un moment où le royaume cherche à valoriser son sous-sol.
Ce qui roule → Un tapis chinois à Kénitra

Le fabricant chinois Kuntai accélère son implantation au Maroc. Sa société marocaine est constituée, les investissements se poursuivent et la production devrait démarrer d’ici la fin de l’année à l’Atlantic Free Zone de Kénitra. Le site vise un million de mètres carrés de tapis automobiles par an et 200 emplois qualifiés, pour un investissement total d’environ 126 millions de dirhams. Kuntai mise sur la proximité avec l’Europe et l’écosystème automobile marocain pour réduire ses coûts logistiques et répondre aux exigences de localisation de ses clients constructeurs. La plateforme marocaine se positionne ainsi progressivement comme base d’ancrage alternative pour les équipementiers chinois, sous pression en Europe. Après les batteries et composants électriques, les intérieurs automobiles entrent désormais dans la séquence.
Ce qui se verdit →Sijilmassi mise sur le carbone

Quatre mois après le lancement de Tessera Capital, Tariq Sijilmassi crée une filiale spécialisée dans la finance climat : Tessera Climate Intelligence. L’ex-président du Crédit Agricole du Maroc voit dans la décarbonation, les marchés carbone et la transition réglementaire des leviers de valorisation plutôt que des contraintes. La cible est claire : les entreprises marocaines dont les exportations industrielles et agricoles vers l’Europe sont soumises au mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières. Le segment est encore peu occupé au Maroc. Sijilmassi parie que la pression réglementaire européenne va créer une demande de conseil financier spécialisé. Un positionnement précoce, mais cohérent avec le profil d’un banquier qui a construit sa réputation sur l’agro-finance.
Ce qui se structure → Le FM6I prépare les PME avant d’investir

Le Fonds Mohammed VI pour l’investissement a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour sélectionner des entreprises à accompagner avant toute injection de capital. Le programme, ouvert jusqu’au 12 juin, cible deux volets : sensibilisation aux mécanismes de financement et préparation stratégique et financière des candidats pour les rendre investment-ready. Il s’adresse aux entreprises de droit marocain avec au moins trois ans d’activité, réparties sur les douze régions du royaume, en vue d’un accès aux instruments en fonds propres ou quasi-fonds propres du Fonds. L’approche tranche avec les logiques classiques de guichet. Plutôt que d’attendre des dossiers matures, le FM6I va chercher les entreprises en amont pour les structurer. Un pari sur la qualité plutôt que le volume, pour éviter un portefeuille de dossiers fragiles.
