En cette fin d’avril, les offres de stage PFE se font rares. Là où les jeunes ingénieurs trouvaient sans peine une entreprise entre février et mars, certains cherchent encore. “Une partie du travail historiquement confié aux juniors est désormais partiellement automatisée”, observe Mouhcine Lakhdissi, vice-président du Centre africain pour les études stratégiques et la digitalisation (CAESD).
Fondé en 2023, le CAESD, basé à Tanger, vient de publier pour la première fois des projections chiffrées sur l’impact de l’IA sur le marché du travail au Maroc, dans un rapport comparatif portant sur cinq pays à l’horizon 2030-2035. Le tableau est saisissant : 4,6 millions de postes seraient affectés à des degrés variables (dont 3,1 millions exposés à une mutation professionnelle notable, et 1,5 million soumis à une pression transformationnelle élevée). En face, la capacité de création de nouveaux emplois numériques est estimée à seulement 180 000 postes !

Mais ces chiffres méritent d’être décryptés. “Nous avons retenu trois scénarios, avec un niveau d’incertitude assumé”, nous précise Mouhcine Lakhdissi. Et pour cause, “les projections dépendent fortement de facteurs exogènes : la réaction des gouvernements, le rôle des syndicats, les stratégies d’adaptation des entreprises”. Le document s’appuie sur des indicateurs de préparation à l’IA, des données macroéconomiques et une décomposition sectorielle des emplois par tâches, pour évaluer le degré d’exposition à l’automatisation.
