OCP boucle sa première émission obligataire hybride à 1,5 milliard de dollars

OCP a réalisé sa première émission obligataire hybride de 1,5 milliard de dollars. L’opération, fortement sursouscrite, intervient dans un contexte de marché des engrais sous tension.

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Fadel Senna / AFP

Pour la première fois en Afrique, le groupe OCP a réalisé une émission obligataire hybride à hauteur de 1,5 milliard de dollars, correspondant à environ 13,8 milliards de dirhams. Cette opération financière est une double première : c’est la première émission hybride en dollar pour le groupe, mais c’est aussi la première fois qu’une entreprise africaine effectue cette opération sur les marchés internationaux.

Cette émission correspond à une levée de fonds sur les marchés avec des titres de dette entre l’obligation et l’action, d’où le qualificatif hybride. Émise ce mardi, l’opération a bénéficié d’une forte demande, avec un taux de sursouscription de 4,6 et la participation de 176 investisseurs dans 23 pays. Les coupons ont été fixés à 6,74% pour la tranche callable (possibilité de remboursement anticipé, ndlr) en avril 2031, et à 7,37% pour la tranche callable en avril 2036.

Le choix de l’hybride

Arrangée par BNP Paribas, Citi et JP Morgan, l’opération permet au groupe une logique d’optimisation de la structure du capital tout en maintenant ses ratios de levier aux niveaux Investment Grade, mesuré via le niveau d’endettement de la société. Le groupe mentionne notamment le traitement favorable de l’instrument par les normes comptables IFRS (100% Equity), et des agences de notation Moody’s et S&P (50% equity credit).

Selon nos sources, les conditions sont particulièrement favorables, justifiées par les liquidités abondantes des investisseurs, l’activité limitée ces six dernières semaines sur le marché primaire, et un « contexte géopolitique, bien que tendu, favorable aux émetteurs non directement exposés au conflit, tels qu’OCP ». Ce positionnement reflète avant tout la solidité du profil de crédit de l’émetteur, ajoute-t-on.

Cette opération financière est loin d’être répandue. Les hybrides CEEMEA, émises dans les régions Europe centrale et orientale, Moyen-Orient et Afrique, restent rares, précise la même source. L’année dernière, seuls deux entreprises avaient réalisé ce type d’opération : le groupe émirati Majid Al Futtaim en novembre 2025 pour 500 millions de dollars, et le groupe immobilier luxembourgeois CPI Property du milliardaire tchèque Radovan Vítek, pour un montant de 300 millions de livres sterling.

Marché des engrais sous tension

L’émission intervient alors que le marché mondial des engrais reste tendu suite au conflit du Moyen-Orient. Le blocage du détroit d’Ormuz perturbe les flux d’intrants, notamment le soufre, dont une part importante des exportations mondiales transite par cette voie. Le prix du soufre en provenance du Moyen-Orient a ainsi connu une forte hausse de 35% observée en avril par rapport à fin février, avant l’attaque israélo-américaine sur l’Iran.

Les prix des engrais désormais orientés à la hausse, le marché tend à devenir davantage « supply-driven », soit piloté par l’offre, selon nos sources. Les acteurs capables d’assurer une production fiable, flexible et intégrée sont alors avantagés par cette situation, le groupe OCP s’inscrivant parmi ces acteurs, nous confirme-t-on.

Comme le groupe l’avait expliqué à TelQuel dans un précédent article, OCP a préconisé une approche d’approvisionnement diversifiée, en comptant particulièrement sur des livraisons en provenance du Kazakhstan, devenu son premier fournisseur en volume, selon l’agence Argus Media. D’autres filières alternatives sont aussi assurées du côté de la région de la mer Rouge, du Golfe du Mexique, ainsi que du Canada et de l’Europe. Une stratégie visant à ajuster le mix de production a également été mise en place, afin de produire des engrais moins dépendants des importations de soufre.

Par ailleurs, le groupe dispose de niveaux de stocks permettant de couvrir ses besoins opérationnels au moins jusqu’à fin juin, apprend-t-on. «Toutefois, si le conflit venait à durer, des impacts sur les prix et la disponibilité restent possibles », concède la même source.

Mais le groupe reste confiant. Au-delà de la gestion des intrants, la résilience d’OCP reste structurelle. Le groupe dispose d’une capacité à maintenir des marges d’EBITDA systématiquement supérieures à la moyenne du secteur, aussi bien en phase haussière qu’en période de normalisation des prix, avec une marge à 38% en 2025, nous explique-t-on.