[Contenu Telquel Impact Spécial Gitex]
Le débat sur la réforme de l’éducation au Maroc revient à chaque rentrée, à chaque classement PISA, à chaque crise. On parle de programmes, de formation des enseignants, d’infrastructures. Rarement, on place le numérique là où il devrait être : au centre de la solution.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le taux de déperdition scolaire reste alarmant, particulièrement en milieu rural. Les évaluations internationales pointent des lacunes profondes en lecture, en mathématiques, en sciences. La pandémie de COVID-19 a révélé brutalement ce que beaucoup savaient déjà : notre système éducatif n’est pas équipé pour absorber les chocs ni pour s’adapter aux réalités d’un monde qui change.
Pourtant, à l’échelle mondiale, la décennie 2015-2025 a démontré que le numérique peut transformer l’accès à l’éducation. Pas comme un gadget. Comme un levier réel de personnalisation des apprentissages, de remédiation continue, d’inclusion des élèves éloignés des centres urbains.
Au Maroc, cette dynamique existe. Des initiatives publiques et privées émergent. Mais elles restent fragmentées, insuffisamment coordonnées, et souvent perçues comme des compléments plutôt que comme des composantes structurelles de la réforme.
Démontrer par la preuve qu’un autre modèle est possible
C’est cette conviction qui m’a conduit à créer Yool Education. Non pas pour proposer un service de plus, mais pour démontrer par la preuve qu’un modèle éducatif numérique intégré peut fonctionner à grande échelle au Maroc. Trois modes d’apprentissage : cours en direct, ressources accessibles en continu, forums collaboratifs, permettent aujourd’hui d’accompagner des élèves du collège au baccalauréat, qu’ils soient dans le système marocain ou français, à Casablanca ou dans une commune rurale du Moyen Atlas.
Nous avons aussi voulu aller plus loin. Avec des programmes comme un bootcamp d’excellence de 13 semaines ouvert à tous les profils, un baccalauréat américain en ligne permettant la double diplomation, ou encore des préparations aux certifications TOEFL et IELTS. L’objectif est simple : qu’aucun élève ne soit limité par sa géographie ou son parcours initial.
Aujourd’hui, 13 000 élèves issus de 224 localités utilisent cette plateforme. Ce n’est pas un argument commercial. C’est la preuve qu’une demande massive existe et qu’elle ne trouve pas de réponse suffisante dans le système actuel.
L’intelligence artificielle ouvre désormais des perspectives supplémentaires : personnalisation des parcours, évaluation adaptative, continuité pédagogique face aux interruptions. Ces outils ne remplaceront jamais un enseignant. Mais ils peuvent démultiplier son impact.
La transformation de l’éducation au Maroc ne se fera pas par un acteur seul. Elle exige une coordination entre l’État, le secteur privé, les associations et les enseignants eux-mêmes. Mon plaidoyer est celui-ci : intégrons le numérique non pas en marge de la réforme, mais en son cœur. C’est à cette condition que nous bâtirons une école véritablement inclusive et résiliente.
Par Abdelmounaim Faouzi
