Yasmina Asrarguis, chercheuse en géopolitique du Moyen-Orient : “Si les 36,6 millions de Marocains pensaient de la même manière, ce ne serait pas un pays aussi riche”

Yasmina Asrarguis, chercheuse en géopolitique du Moyen-Orient, autrice de l'essai :“Le Mirage de la paix : La véritable histoire d'Israël et des pays arabes”, paru le 19 février dernier. Crédit: Nicolas Tawk

Smyek bak

Mohammed 

Smyek mok

Oumaima 

Nimirou dla carte

Je ne la connais pas par cœur !

“Le Mirage de la paix : La véritable histoire d’Israël et des pays arabes”, c’est le titre de votre premier essai paru le 19 février dernier. “La véritable histoire”, ce n’est pas un peu prétentieux ?

“Le Mirage de la paix : La véritable histoire d’Israël et des pays arabes”, Yasmina Asrarguis.Crédit: DR

J’évoque plutôt l’histoire des coulisses. Mon travail part de ce que l’on essaye de ne pas montrer, il y’a donc vraiment cette idée du dévoilement. Je voulais emmener les lecteurs dans les secrets de cette diplomatie israélo-arabe qui fascine, crispe et inquiète parfois, et surtout qui a besoin d’être expliquée aux citoyens qui sont, dans cette région, parties prenantes.

Vous, qui avez travaillé dans la cellule diplomatique du Président Macron, lui avez-vous dit que sa politique du Moyen-Orient était, tout comme le titre de votre livre, un mirage ?

“Aujourd’hui, l’actualité oblige la diplomatie française à s’engager aux côtés des populations en Afrique et à formaliser une doctrine à implémenter dans la région, même si, on le voit bien, sur le terrain, ça reste extrêmement difficile pour les Français”

Yasmina Asrarguis, chercheuse en géopolitique du Moyen-Orient

J’ai eu la chance d’y être pendant le premier mandat du Président Macron. A l’époque, il n’y avait pas nécessairement d’appétence sur les dossiers du Moyen-Orient, et le Président ne s’en est jamais caché. La politique d’un Président n’est, en réalité, que l’aboutissement de ce qu’on lui conseille de faire. Il était entouré de passionnés de l’Afrique et il y avait donc une volonté de recréer un discours autour de la coopération entre la France et l’Afrique. Aujourd’hui, l’actualité oblige la diplomatie française à s’engager aux côtés des populations et à formaliser une doctrine à implémenter dans la région, même si, on le voit bien, sur le terrain, ça reste extrêmement difficile pour les Français.

Et le Maroc ? A-t-il eu raison de rejoindre le Conseil de la Paix initié par Donald Trump ?

La posture du Maroc est unique. Rejoindre les Accords d’Abraham, c’est en réalité un rétablissement des relations avec Israël. D’ailleurs, dans ma thèse, c’est très honnêtement la séquence que j’ai trouvé la plus intéressante à étudier car il y a une démographie en partage : aujourd’hui, un Israélien sur trois, voire un sur cinq, a un grand-parent marocain. Les liens entre les deux pays remontent à 1948, contre seulement 1990 pour les Émirats arabes unis.  Et la relation bilatérale maroco-israélienne repose moins sur l’économique que sur l’émotionnel : là où les Émirats visent 100 milliards de dollars d’échanges avec Israël d’ici 2030, le Maroc n’en est qu’à 46 millions par an. On est sur des sommes et un contenu de coopération qui ne sont absolument pas les mêmes. C’est une “diplomatie de l’émotion” car elle ne s’inscrit pas dans la real politik. Toute l’équation sera de réussir à conjuguer défense des intérêts souverains et engagements humanistes vis-à-vis de la solution à deux États, qui a toujours été la position du Maroc. Un pays qui veut aider à construire l’État de Palestine doit être à la table des négociations. Si vous n’y êtes pas, c’est compliqué de peser dans la balance.

La suite de cet article est réservée aux abonnés.
Soutenez un média indépendant et exigeant
  • Accédez à tous les contenus de TelQuel en illimité
  • Lisez le magazine en numérique avant sa sortie en kiosque
  • Accédez à plus de 1000 numéros de TelQuel numérisés
Déjà abonné ? Se connecter