Télévision : les 5 programmes phares du Ramadan

Le Ramadan est une période particulièrement prolifique pour les productions audiovisuelles. Cette année, la comédie cède un peu de terrain, et les chaînes accordent davantage de place aux fictions dramatiques. Entre créations originales et remakes, les grilles du petit écran marocain explorent des univers variés, des sagas familiales aux thrillers contemporains, en passant par les récits patrimoniaux. Voici une sélection de cinq rendez-vous à rattraper cette saison.

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La série ramadanesque "Aach Tmaa" (2026) sur Al Aoula. Crédit: DR

Aach Tmaa, un audacieux thriller en prime time

C’est peut-être la série la plus audacieuse et la plus réussie de ce mois de Ramadan. Diffusée chaque soir à 19h30 sur la première chaîne, la série imaginée par Jawad Lahlou, Basma El Hijri et Imane Azmi, réalisée par Ayoub Lahnoud, s’empare du sujet du trafic d’enfants. L’actrice Meryem Zaïmi y joue le rôle déchirant de Hanane, qui prend le nom de Maria, une femme dont le bébé a été volé à la naissance, prête à tout pour retrouver son enfant six ans plus tard. Pour ce faire, elle accepte d’intégrer un sombre réseau casablancais de trafic de nourrissons, tenu par quatre femmes aux fonctions bien définies, dont le QG est un quartier populaire casablancais.

La série ramadanesque « Aach Tmaa » (2026) sur Al Aoula.Crédit: DR

Il faut saluer ici, outre l’écriture des dialogues, celle des personnages féminins qui portent cette série. D’abord, la redoutable Chama interprétée par une Saadia Ladib en pleine forme : tenancière d’un café le jour, mafieuse et cheffe de ce girl-gang la nuit, toujours parée d’une cape noire et d’un impeccable chignon grisonnant. Bouchra (Bouthayna Elyaagoubi), jeune femme au caractère endurci, avec son bandana et ses longues mèches roses et bleues, qui tente en vain de tomber enceinte, travaille dans un orphelinat : c’est elle qui s’occupe de trouver des couples prêts à recourir aux services de Chama. Aawatif (Fatima-Ezzahra El Jaouhari), coquette et visiblement accro aux motifs léopard, tient un salon de coiffure, recueille les confidences de ses clientes, et plus particulièrement de celles — souvent célibataires et abandonnées par leurs familles — qui se sentent incapables de garder l’enfant qu’elles n’ont pas désiré. Vient enfin Imane (Mounia Lamkimel), clé de voûte de ce trafic. Lorsqu’elle n’est pas en train de se chercher un mari, cette employée de mou9ata3a forge et légalise les faux états civils et actes de naissance des clients de Chama.

La machine est bien huilée, jusqu’à ce que leur chemin croise celui de Driss, terrible mafieux superbement incarné par Adil Abatourab. Le casting est réussi, l’intrigue fonctionne, et le sujet est important. Car derrière la répulsion que suscite le vol de bébés en plein jour, Aach Tmaa raconte aussi différentes facettes de la maternité — de la solitude d’une grossesse non-désirée à la dépression post-partum, qui sont abordés au creux des épisodes —, la soif d’argent et de pouvoir qui se confrontent à des réalités sociales. Et si le trafic de Chama profite du malheur de jeunes femmes enceintes et de couples désespérés, il interroge aussi notre incapacité, en tant que société, à les accompagner.

Bnat Lalla Menana, un retour attendu

Dans l’univers de la série, vingt ans sont passés depuis la fin de la saison 2, diffusée en 2013 sur 2M. Lalla Menana a perdu sa maison, ses filles sont des mères à leur tour dépassées par leurs enfants, et toutes ont été déçues par ce que la vie leur a réservé. Chama (Samia Akariou), Bahia (Nora Skalli), Rhimou (Saadia Ladib), dont le principal souci était autrefois de se marier, sont contraintes de travailler et gagner leur vie. Quant à Menana, celles qui l’appelaient “Lalla” se permettent de s’adresser à elle avec un simple “khti” symptomatique d’un prestige social que les années n’ont pas épargné.

Dans le dos de leurs mères, les filles rejoignent un orchestre féminin typiquement chamali, animent de leurs voix et instruments mariages et baptêmes, pour arrondir leurs fins de mois et s’occuper des frais de justice de Lalla Menana. A l’écran, la série nous offre de beaux hommages aux chants et traditions du Nord, notamment incarnés par deux actrices — et co-scénaristes —, Samia Akariou et Nora Skalli, qui savent raconter leur culture et leur région.

Samia Akariou et Nora Skalli forment un duo incontournable de la télévision marocaine. Elles sont unies par une appartenance commune au nord du pays.Crédit: DR

Si les trahisons et secrets familiaux sont au cœur de cette nouvelle saison, le ressort comique de la série qui a fait sa marque de fabrique dès ses débuts ne démérite pas. Très attachant, ce trio de sœurs séduit à travers ses chamailleries, son humour et ses personnalités qui s’opposent mais se tiennent par la main lorsqu’il le faut, avec une sororité à toutes épreuves. S’il fallait la résumer, cette saison 3 nous dit qu’avant d’être les filles de Lalla Menana, Chama, Bahia et Rhimou sont sœurs.

Maghariba fi Samaa, le pari de l’animation

Les enfants d’aujourd’hui connaissent-ils Touria Chaoui, première femme arabe à être devenue aviatrice ? Ali Rguigue et sa société de production Artcoustic proposent de répondre à cette question avec une série d’animation en 2D, Maghariba fi Samaa, pensée, conçue et réalisée par une équipe 100% marocaine.

La série Maghariba fi Samaa.Crédit: DR

 

Le premier épisode s’ouvre sur le retour d’exil de Mohammed V en 1953. Alors que l’avion royal vient tout juste d’atterrir, un autre engin sillonne le ciel en lâchant des tracts : il est piloté par Touria Chaoui, qui n’a pas encore 16 ans, et vole déjà dans les airs. Diffusée sur 2M et TV5Monde, la série et ses épisodes de 4 minutes racontent, par fragments, le destin exceptionnel de celle qui a d’abord été une petite fille dont le médecin a conseillé à son père de la faire monter au bord d’un avion pour des raisons médicales. C’est là qu’une vocation est née.

À travers le parcours de Touria Chaoui, c’est aussi l’histoire de Abbas Ibn Firnas, “premier homme volant”, qui se déploie. Né en 810 en Andalus, cet inventeur, médecin et poète est l’un des premiers hommes à avoir essayer de voler, en construisant un appareil volant doté d’une structure en bois et d’ailes inspirées de celles des oiseaux. Après Tourat Al Maghrib en 2025, Artcoustic continue à s’intéresser à la série patrimoniale, et à défendre le potentiel d’une industrie marocaine d’animation en pleine émergence.

Rass Jbel, un remake marocain

L’histoire de cette série remonte à 2017, et constitue l’un des plus grands succès de la télévision arabe ces dernières années. Si bien que trois saisons d’Al Hayba, série libano-syrienne, ont été produites et diffusées sur MBC jusqu’en 2020, et qu’un remake turc a vu le jour avec La ville lointaine. C’était donc au tour des Marocains de s’emparer de cette histoire de clans rivaux où les loyautés familiales sont mises à l’épreuve.

La série Rass JbelCrédit: DR

La scénariste Basma El Hijri a dirigé l’écriture de ce remake, adaptant au contexte marocain les personnages comme l’intrigue, à commencer par le retrait de la zone de non-droit à la frontière libano-syrienne dans laquelle était campée la série originale. Dans cette version marocaine, Yasmina (Hiba Bennani) revient du Canada pour enterrer son mari à Rass Jbel, son village natal. C’est alors sa première rencontre avec sa belle-famille, le clan Fadlawi, avec laquelle son mari Majd avait coupé les ponts en s’exilant outre-Atlantique.

Lalla El Ghalia, matriarche ravagée par le deuil, voit d’un mauvais œil cette belle-fille, mais est déterminée à garder son petit-fils à ses côtés. Ce séjour, que Yasmina pensait bref, la contraint finalement à rester dans le village montagneux de Rass Jbel. Côté casting, la série marque le retour remarqué d’Assaad Bouab à la télévision, dans le rôle principal de Layl Fadlawi, aux côtés de Hiba Bennani, Nora Skalli et Amine Ennaji. Un point bonus pour la chanson du générique, interprétée par Dizzy Dros.

Lili twil, un monde d’influence

Le titre pourrait faire penser à la célèbre chanson des années 1970 des frères Megri, mais Lili twil, diffusée sur 2M, est avant tout une série de son temps, qui s’empare de l’actualité. Une jeune femme, Meryem, rêve de devenir journaliste. La seule rédaction qui accepte de lui ouvrir ses portes lui confie une enquête sur le monde des influenceurs et influenceuses, tout autant régi par des likes et des storys que par l’argent.

La série Lili Twil.Crédit: DR

Il est demandé à Meryem, dès le premier épisode, de se faire repérer par l’agence Aura, qui sert d’intermédiaire entre les marques et les créateurs de contenu. Ce que Meryem ne sait pas, au moment où elle accepte cette mission, c’est que sa présence est en réalité attendue par Youssef, le directeur sans scrupules de l’agence, qui ne cherche pas seulement à faire de la publicité à ses clients. Ce rôle de méchant est porté par le très talentueux Ayoub Gretaa, qui revient tout juste d’une pré-nomination aux révélations des Césars (parrainé par Nabil Ayouch), pour son rôle au cinéma dans La mer au loin de Saïd Hamich.

Aux manœuvres de Lili twil, on retrouve quasiment la même équipe qui avait créé Lmektoub (carton ramadanesque en 2022 puis 2023), avec un scénario signé Fatine Youssoufi et une réalisation de Alaa Akaaboune. A travers 15 épisodes, la série explore les zones d’ombre de ce monde numérique, révélant ses dangers, ses manipulations, et les pressions invisibles qui pèsent sur celles et ceux qui y évoluent.