Mercredi, c’est mercredi !
Le gouvernement, via le ministère de l’Intérieur, a tranché la semaine dernière : les prochaines élections législatives auront lieu le mercredi 23 septembre, comme en 2021. Avant cela, les scrutins se déroulaient traditionnellement un vendredi. Mais ce choix était critiqué par certains partis de gauche, parce qu’il arrangerait les affaires des islamistes.
Entre le 23 septembre et le 9 octobre 2026 (la première session législative du Parlement ouvre toujours le deuxième vendredi du mois d’octobre) le visage de la nouvelle majorité commencera à se dessiner et les tractations auront déjà commencé pour former un gouvernement. Les choses s’accéléreront quand le roi aura reçu le chef de la formation arrivée en tête afin de la charger de former le gouvernement.
Nous aurons également un avant-goût de ce qui se passera lors de l’élection, la deuxième semaine d’octobre, du président de la Chambre des représentants, ce poste faisant généralement partie du “package” des majorités gouvernementales.
Arsenal législatif : le compte est (presque) bon
Fin 2025, le Parlement a adopté deux projets de lois organiques relatives respectivement à la Chambre des représentants et aux partis politiques (ne manquent encore que quelques décrets d’application). Promulgués fin janvier 2026, ces deux textes de loi introduisent plusieurs nouveautés. Ainsi, la loi organique 53-25, modifiant et complétant la loi organique 27-11 relative à la Chambre des représentants, réserve les listes régionales exclusivement aux femmes, alors qu’auparavant, elles étaient aussi ouvertes aux jeunes candidatures masculines.
Autrement dit, au moins 90 femmes siégeront au sein de cette institution grâce aux listes régionales. Ces listes sont d’autant plus importantes que les femmes sont sous-représentées dans les circonscriptions locales : en 2021, seules 6 avaient réussi à se faire élire sur des listes locales.
Pour ce qui est de la loi organique 54-25 modifiant la loi 29-11 sur les partis, elle élargit l’interdiction de l’adhésion aux formations politiques à tous les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, département en charge d’organiser les élections. Aussi, pour le financement, les partis sont désormais autorisés à créer des sociétés détenues à 100% et spécialisées dans la communication ou l’édition. Les partis sont également autorisés à recevoir des legs et dons d’une valeur de 800.000 DH par donateur au lieu de 600.000 DH auparavant.
Taux de participation, la grande inconnue
Le taux de participation donne des insomnies aussi bien à l’Etat qu’aux acteurs politiques, car il y va de la crédibilité des élections. Le 8 septembre 2021, ce taux était de 50,18% au niveau national, tiré par une forte participation dans les régions du Sahara : soit plus de 66% dans la province de Laâyoune-Sakia El Hamra. 13,9% des électeurs, avaient confié aux urnes des bulletins nuls ou blancs.
Néanmoins, en septembre 2021, les citoyens étaient aussi appelés à voter, en même temps, pour des scrutins communal et régional. Des scrutins qui mobilisent davantage les électeurs que les législatives : car ils désignent directement ceux qui gèreront leurs affaires au quotidien, loin des joutes de l’Hémicycle à Rabat.
Reste aussi à connaître le nombre de nouveaux inscrits sur les listes électorales générales qui seront arrêtées le 31 mars courant. En 2021, le taux d’inscription chez les 18-24 ans ne dépassait pas 33,6%. Qu’a-t-on fait, depuis, pour pousser cette catégorie de jeunes — les vaillants représentants de la GenZ — à s’impliquer en politique en tant qu’électeurs, mais aussi en tant qu’acteurs ?
Une jeunesse SAP
L’une des nouveautés apportées par l’amendement de la loi organique relative à la Chambre des représentants ouvre la voie à des candidatures de jeunes de moins de 35 ans en tant que SAP (sans appartenance politique).
Sauf que ces candidatures sont soumises à une série de conditions pas toujours évidentes à réunir. 200 signatures sont ainsi requises pour appuyer une liste avec un minimum de signatures féminines pour les listes locales et 50% pour les régionales. Chaque liste SAP doit également déposer, auprès des autorités, son programme électoral accompagné de justificatifs attestant de l’origine de son financement. Vaste programme.
Mais l’État s’engage à prendre en charge 75% des frais de la campagne électorale des listes SAP. Un avantage dont peuvent aussi bénéficier les partis politiques favorisant les candidatures des moins de 35 ans à des positions éligibles. L’actuelle Chambre des représentants compte à peine 8,35% d’élus de moins de 35 ans.
Les MRE patienteront encore
Très attendue, la question des circonscriptions à l’étranger est tranchée : les MRE n’en bénéficieront pas. Ceux parmi les MRE qui désirent s’impliquer dans la vie politique de leur pays d’origine pourront toutefois se porter candidats, à condition d’être inscrits sur les listes électorales et sur les registres consulaires marocains de leur pays de résidence. Une plateforme en ligne sera mise à leur disposition à cet effet. Les candidats devront néanmoins se rendre au Maroc pour déposer leur dossier, en version papier, au siège de la wilaya ou de la préfecture.
Le vote par procuration sera également possible pour les MRE. Ils devront s’inscrire sur une autre plateforme dédiée, désigner la personne mandatée pour voter à leur place et en avertir, par courrier électronique, les autorités locales (Intérieur) qui en informeront, par écrit et le jour du scrutin, le président du bureau de vote concerné.
De la logistique et des chèques
Une campagne électorale fait bouger l’économie nationale à sa manière. Le ministère de l’Intérieur est en train de préparer les appels d’offres pour une série de marchés relatifs aux préparatifs du scrutin : cela va de l’acquisition de tonnes de papier pour l’impression de cartes d’électeurs et bulletins de vote, de stylos ou encore d’encre indélébile, à la refonte et la maintenance de ses portails web électoraux. Mais aussi, pour la restauration des effectifs mobilisés le jour du vote.
Et sous peu, ce sont les chefs des partis politiques, du moins ceux qui y ont droit au vu des résultats de leurs formations, qui se bousculeront au ministère de l’Intérieur pour toucher les subventions de campagne. Celles-ci couvrent des dépenses qui doivent être justifiées, sinon restituées aux caisses de l’Etat. Et là, c’est une autre paire de manches…
