Abderrahim Mohib, paléontologue : “Il n'y a pas de restes humains fossiles plus anciens que ceux de Casablanca”

La découverte archéologique, près de Casablanca, de fossiles humains éclaircissant les origines africaines de notre espèce, l'Homo sapiens, a eu un retentissement international. Abderrahim Mohib, paléontologue et enseignant-chercheur, nous explique les particularités de cette découverte, et évoque les futurs axes de la recherche archéologique au Maroc.

Par

Grotte à Hominidés, 773 000 ans, site du second Acheuléen marocain. Crédit: © Programme maroco-français « Préhistoire de Casablanca »

Début janvier, une étude publiée dans la revue scientifique Nature révélait la découverte de fossiles humains vieux de 773 000 ans à Casablanca, qui expliqueraient les origines d’Homo sapiens. Ces restes viennent de la carrière Thomas I, située au sud-ouest de la ville, où le programme archéologique maroco-français “Préhistoire de Casablanca” effectue ses recherches.

Trois mandibules ont notamment été retrouvées dans la grotte à Hominidés de cette carrière. L’appellation “Hominidés” correspond à une famille de primates, dont l’homme (Homo sapiens) fait partie. Plus précisément, le genre Homo fait partie de la tribu des hominines, comme le chimpanzé. Mais revenons aux mandibules. Une première moitié a été trouvée en 1969 par un lycéen amateur de collecte d’ossements, lors de l’exploitation de la carrière. Une autre mandibule adulte a été mise au jour en 2008 avec des vertèbres cervicales et thoraciques, puis une mandibule d’enfant, en 2009. D’autres fossiles ont également été retrouvés entre 1994 et 2006, comme des dents isolées et un fémur.

Co-auteur de l’étude qui a réuni 29 scientifiques spécialistes, et directeur marocain du programme “Préhistoire de Casablanca”, l’enseignant-chercheur associé à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (Insap), Abderrahim Mohib détaille pour TelQuel ces découvertes et leur importance, ainsi que les enjeux actuels de la recherche archéologique au Maroc.

TelQuel En 2017, un de vos confrères publiait la découverte, sur le site de Jbel Irhoud (près de Safi), des plus anciens fossiles d’Homo sapiens. Quels nouveaux éléments  apportent votre découverte ?

Abderrahim Mohib : La découverte de Jbel Irhoud, publiée en 2017, a permis de dater les plus anciens Homo sapiens à 315.000 ans. Jusqu’alors, les plus anciens fossiles de Sapiens venaient d’Afrique de l’Est, surtout d’Éthiopie et d’Afrique du Sud, vieux d’environ 200.000 ans. Avec la découverte de Jbel Irhoud, on a fait un saut chronologique dans le passé de 100 000 ans.

Les hominines de Casablanca dont nous parlons se situent aux environs de 800.000 ans. À 773.000 ans, avec 4000 ans en plus ou en moins. Cette petite tolérance montre une datation très robuste. Nos travaux sur le terrain et nos études ont permis d’arriver à un résultat scientifique exceptionnel, anthropologiquement parlant. Ces fossiles humains de 773 000 ans appartiennent à une période clé de notre histoire biologique et culturelle.

Une période pendant laquelle le registre fossile humain est pauvre en Afrique, en Europe et en Asie. Or, ces fossiles révèlent une mosaïque de caractères archaïques, qui rappellent les humanités anciennes avant Homo sapiens, comme l’Homo erectus, mais aussi d’autres caractères dérivés. Ceux-ci s’apparentent aux traits retrouvés chez les Homo sapiens. Voilà ce qui fait la particularité de ces fossiles : cette combinaison inhabituelle de traits primitifs, et d’autres dérivés plus modernes.

La suite de cet article est réservée aux abonnés.
Soutenez un média indépendant et exigeant
  • Accédez à tous les contenus de TelQuel en illimité
  • Lisez le magazine en numérique avant sa sortie en kiosque
  • Accédez à plus de 1000 numéros de TelQuel numérisés
Déjà abonné ? Se connecter