Le Boualem a assisté au match Maroc-Nigeria, et il est sous le choc

Par Réda Allali

Zakaria Boualem est sous le choc. Ne lui en voulez pas si cette page vous semble chaotique, sachez qu’elle a été rédigée à une heure avancée de la nuit, dans un état de grande confusion émotionnelle, sous les effets combinés de la fatigue et de l’euphorie. Et, surtout, répétons-le, elle a été produite par un homme en état de choc. Il rentre à peine de Rabat où il a assisté à la demi-finale contre le Nigeria, et il est formel : cette Coupe d’Afrique des nations n’a rien à voir avec ce que l’on désignait jadis sous le sobriquet dépassé de “CAN”. Ce n’est pas une CAN, non, c’est une démonstration de force.

Le Boualem est formel : cette Coupe d’Afrique des nations n’a rien à voir avec ce que l’on désignait jadis sous le sobriquet dépassé de ‘CAN’”

Réda Allali

Commençons par le terrain s’il vous plaît, il faut rester organisé. Cette équipe du Maroc annule ses adversaires, telle est la réalité. Elle semblait empruntée contre des sélections médiocres, la voilà intraitable contre des géants. Elle excelle à faire déjouer son adversaire, à casser ses points forts, à répéter ses efforts pour rentrer dans la tête des joueurs d’en face. Cela n’a rien à voir avec cette histoire de bloc bas ou haut, oubliez cette niaiserie. La sélection nationale est forte quand elle a devant elle une équipe qu’il faut lire, décrypter et désarmer. Ce qui confirme ce dont Zakaria Boualem se doutait depuis 1986 : nous sommes une sélection défensive. La résistance, la discipline et la patience, voilà où nous excellons. Ce n’est pas un plan de jeu mais une question d’attitude, et merci.

Parlons à présent du reste. Ce stade Moulay Abdellah est un bijou ou, mieux encore, comme disent les jeunes, une dinguerie, wesh ! Inutile de perdre du temps en descriptions inutiles, disons simplement que tous les curseurs ont été poussés au maximum. Ce n’est pas tout. On a souvent reproché à notre paisible contrée de se contenter de construire des bâtiments sans trop se soucier de les faire vivre. Avec une véritable passion pour les murs, les édifices et les constructions, considérés comme des fins en soi plus que comme des outils, inutile d’insister n’est-ce pas ? Oubliez cela, chers lecteurs.

“Même les supporters ont changé, c’est un prodige. Des gens qui jonglent avec les téléphones, les applications, les QR codes. Des gens qui s’assoient à leur place et font des selfies pendant un penalty décisif”

Réda Allali

Le fier complexe de Rabat regorge de stadiers, de policiers, d’agents de nettoyage, c’est prodigieux. Partout, cette cohorte s’affaire dans l’efficacité, la bonne humeur et la diligence, et il faut donc le répéter sans hésiter : c’est une dinguerie. Wesh ! Certes, il faudra un jour se poser la question qui fâche : pourquoi diable ne s’être pas mis au travail plus tôt ? Maintenant qu’on sait de quoi ils sont capables, comment expliquer autrement que par la mauvaise volonté le fait que, jusqu’à cette CAN surnaturelle, on nous assurait que nous étions voués à la médiocrité, comme par le fait d’une espèce de malédiction atavique. Nous y reviendrons, c’est important. Mais plus tard, car il faut à présent parler à nouveau du stade, avant que le propos ne se dilue dans l’épuisement.

Le stade donc, oui, disions-nous. Là-bas, même les supporters ont changé, c’est un prodige. Ce sont d’autres Marocains, rien à voir avec ceux qui peuplaient nos anciennes tribunes. On parle de gens qui jonglent avec les téléphones, les applications, les QR codes et les messages de confirmation. Des gens qui s’assoient à leur place et font des selfies pendant un penalty décisif. Ne voyez aucune ironie dans cette description, le Boualem est conscient qu’il s’agit du Marocain du futur, il n’a donc aucune volonté de le vexer, même si, c’est vrai, il connaît très peu de chansons. Si jamais on l’expédie dans un match de Botola, il y a de grandes chances qu’il convulse. Là, au contraire, il est au cœur de la démonstration de force. Nous y reviendrons, il faut à présent se reposer, il y a une coupe à soulever, et merci.