Le 31 octobre 2025, le Maroc remportait une victoire historique au Conseil de sécurité des Nations Unies. La résolution 2797 consacrait le plan d’autonomie marocain comme bases de négociations la plus à même d’aboutir à une solution dans le dossier du Sahara. Dès le lendemain de cette victoire, nous avions prévenu: le plus dur reste à venir. La riposte de l’Algérie et du Polisario s’est organisée dès le mois de décembre sous les radars. Et une menace- inattendue cette fois-ci- a pointé dans le même temps. Elle vient de Washington.
Côté adversaires, pas de surprise ou presque. Les positions de l’Algérie se reflètent dans la résolution 80-89 adoptée le 5 décembre par l’Assemblée générale des Nations Unies. Le texte qui ignore les avancées de la résolution 2797 omet sciemment Alger comme partie au conflit du Sahara. De l’autre côté de l’Atlantique, à Strasbourg, le Polisario a déposé un recours fin décembre pour tenter de torpiller l’accord agricole renouvelé au mois d’octobre entre le Maroc et l’Union européenne (et qui inclut les produits du Sahara). Les adversaires ont- au moins- le mérite de la prévisibilité.
C’est plutôt du côté de nos amis qu’il faut être attentif. L’inimitié de l’administration Trump pour le multilatéralisme en général- et les Nations Unies en particulier- est connue. Les Etats-Unis militent actuellement pour une réduction des effectifs onusiens basés au Sahara. Washington souhaite également faire émerger des pourparlers directs entre le Maroc et le Polisario en vue de trouver une solution au dossier marquée du sceau de la Pax Americana. Steve Witkoff, envoyé spécial au Moyen-Orient, Massad Boulos, son homologue pour l’Afrique, et Jared Kushner seraient aux commandes des pourparlers.
Cette volonté de court-circuiter le cadre multilatéral n’a rien de surprenant. Elle s’inscrit dans le nouveau rapport de l’administration Trump au monde : unilatéral, transactionnel, affranchi des institutions internationales. On l’a vu dans le plan de paix pour la Palestine, l’arrestation de Maduro au Venezuela et les visées américaines sur le Groenland. Le Sahara pourrait devenir le prochain terrain d’expérimentation de cette diplomatie du fait accompli.
“En 2020, notre diplomatie a su jouer avec Trump, troquant la normalisation avec Israël contre la reconnaissance américaine de la souveraineté sur le Sahara. Mais le contexte a changé ”
Problème : ce n’est pas ce que veut le Maroc. En 2020, notre diplomatie a su jouer avec Trump, troquant la normalisation avec Israël contre la reconnaissance américaine de la souveraineté sur le Sahara. Mais le contexte a changé. Il ne s’agit plus de négocier un deal ponctuel, mais d’ancrer définitivement cette souveraineté dans le droit international. Une solution hors cadre onusien offrirait à l’Algérie un argument en or : celui d’un règlement imposé par l’impérialisme américain, illégitime aux yeux du Sud global mais surtout aux yeux de la majorité des pays de notre propre continent.
“Pour reprendre l’initiative, une seule option : dévoiler le nouveau plan d’autonomie. Chaque semaine sans proposition concrète laisse le champ libre aux manœuvres des uns et des autres”
Le Maroc est dans une position paradoxale. Il doit résister aux pressions de ses alliés tout en parant les coups de ses adversaires. Pour reprendre l’initiative, une seule option : dévoiler le nouveau plan d’autonomie. Deux mois après la réunion présidée par les conseillers royaux Taïeb Fassi-Fihri, Omar Azziman et Fouad Ali El-Himma, le texte se fait attendre. Chaque semaine sans proposition concrète laisse le champ libre aux manœuvres des uns et des autres. Trop attendre, c’est laisser les autres à la manœuvre et s’arroger le rôle de tuteur ou d’arbitre. Le Maroc doit finaliser son plan et le soumettre au monde. À ses conditions pour être maître de son destin.
