Cette nouvelle année s’ouvre avec un épisode météorologique extrême. La tempête « Francis » arrive sur le Maroc ce vendredi 2 janvier après-midi, accompagnée de vents forts et de chutes de pluies intenses. Née dans les îles Açores, dans l’Atlantique, cette tempête s’est formée suite à un conflit entre l’air froid polaire, originaire du nord du globe, et un air chaud subtropical, informe l’ingénieur et expert en climat et développement durable Mohammed Benabbou interrogé par TelQuel.
Après avoir touchée les Açores, puis les îles Canaries, la tempête arrive sur les côtes africaines. « Ce phénomène extrême provient du changement climatique que connaît le Maroc depuis plusieurs décennies, mais il est aussi lié aux faibles pressions et au manque d’air frais venant du nord de la terre », explique ainsi l’ingénieur.
Agadir, Taroudant et Essaouira en vigilance rouge
À ce titre, les provinces de Agadir Ida-Outanane, Taroudant et Essaouira ont été placées en vigilance rouge pour des fortes pluies sur les reliefs, avec des volumes attendus entre 80 et 120 mm. Les directions provinciales du ministère de l’Éducation nationale, de l’éducation préscolaire et des sports ont ainsi annoncé la suspension provisoire des cours jusqu’à samedi dans ces trois provinces, à titre préventif.
Après les inondations meurtrières de Safi, datant seulement de quelques semaines, Mohammed Benabbou appelle à la plus grande vigilance et rappelle les risques d’inondations. « Ce sont des régions montagneuses, caractérisées par une géologie argileuse. Il peut y avoir dans inondations en bas des montagnes, près de la rencontre des fleuves avec l’Océan Atlantique », souligne-t-il, tout en craignant que des cours d’eau dans ces zones, secs depuis des années, regagnent leur activité et génèrent des inondations. Sans compter les autres zones en vigilance orange, aux alentours de ces provinces qui connaîtront des fortes pluies entre 30 et 45 mm. Il appelle ainsi les agriculteurs, les personnes habitant à côté de zones inondables, et travaillant en plein air à la plus grande prudence.
L’ingénieur note toutefois que ces quantités d’eau vont enrichir le stock des barrages, et notamment des nappes phréatiques qui sont épuisées depuis longtemps. « Elle vont pouvoir récupérer des milliards de mètres cubes d’eau issus de cette tempête-là », ajoute-t-il. Que ce soit la région du Souss-Massa, près de Taroudant, ou celle d’Essaouira, ces zones subissent le stress hydrique depuis près de 8 ans. Plusieurs barrages souffrent d’un faible taux de remplissage. « Suite à cet épisode, il peut y avoir un changement radical au niveau des taux de remplissage des barrages », affirme Mohammed Benabbou.
Façade atlantique particulièrement touchée
Si la façade atlantique reste la plus touchée, l’intérieur du Maroc connaîtra également d’importantes chutes de neige. Entre 20 et 50 cm sont attendus à partir de 1 600 m d’altitude dans les provinces de Midelt, Tinghir, Azilal, Ouarzazate, Al Haouz, Taroudant et Chichaoua, dès 21h. À cette période de l’année, où tout le monde souhaite profiter de la neige en montagnes, Mohammed Benabbou insiste sur la vigilance à avoir pour la circulation, notamment aux alentours des oueds et fleuves dans les zones montagneuses.
Dans tout le royaume, avec les pluies, des vents sont attendus à plus de 100 km/h, portant à un niveau de vigilance orange, sur les plaines atlantiques, les reliefs de l’Atlas et les régions voisines la région de l’Oriental ainsi que le nord des provinces sahariennes. Les provinces concernées pour des vents entre 95 et 105 km/h sont celles de Al Haouz et Chichaouia, tandis que celles de El Jadida, Sidi Bennour, Safi, Essaouira, Midelt et Azilal connaîtront des vents entre 90 et 100 km/h.
Risques d’inondations
Le climatologue Mohammed-Saïd Karrouk, également interrogé par TelQuel, mentionne les risques d’inondation dans les villes qui peuvent faire de nombreuses victimes. « Que ce soit au Maroc ou partout dans le monde, l’infrastructure des villes n’est plus adaptée aux événements météorologiques que nous vivons, puisque nous vivons dans un nouveau climat. Un climat complètement différent de celui que nous avons abandonné depuis les années 1980-1990 », explique le climatologue. Il rappelle ainsi le nombre important d’inondations connues dans le monde ces dernières décennies, et souligne l’urgence de trouver des solutions, en mettant en place des abris, afin de sauver des vies, en attendant que l’infrastructure se développe.
Du côté des campagnes, les dégâts humains sont moins craints car il y a une plus faible population. Lorsqu’il y a des inondations, c’est notamment le bétail qui périt, « mais ces animaux représentent le PIB de ces gens, c’est donc finalement un dégât important », note Karrouk.
Le ministère de l’Intérieur a ainsi appelé les citoyens à s’abstenir de circuler sur des axes susceptibles d’être submergés, ainsi que les oueds et zones basses pouvant connaître des crues ou des écoulements soudains. Une série de mesures anticipatives et préventives pour faire face aux éventuels effets de ces intempéries a ainsi été mise en place.
Entre Rabat et Casablanca
“Pour les transporteurs, les personnes qui voyagent, l’idéal reste de reporter les voyages, sinon de rester prudents sur les axes routiers”
Sur l’axe Rabat-Salé-Casablanca, des vents dépasseront les 100 km/h. Mohammed Benabbou tient alors à prévenir les personnes qui utilisent les autoroutes et autres grands axes de transport d’être grandement prudents. « C’est une tempête qui joint des vents très forts avec des chutes pluvieuses très importantes. Pour les transporteurs, les personnes qui voyagent, l’idéal reste de reporter les voyages, sinon de rester prudents sur les axes routiers », recommande l’ingénieur.
À l’heure où le royaume organise la Coupe d’Afrique des nations 2025, avec six matchs à venir dans les prochains jours joués à Tanger, Casablanca et Rabat, l’ingénieur espère que cette tempête ne dérangera pas la circulation autour de cet événement. Après la journée de samedi jusqu’à lundi, des pluies parfois orageuses continueront sur la moitié nord du pays et le nord des provinces sahariennes, accompagnée d’un temps relativement froid sur l’Atlas, le Sud-Est et l’Oriental avec une baisse notable des températures en journée.
Pour mardi et mercredi, la Direction générale de la météorologie (DGM) annonce que la situation restera encore variable et instable sur le nord du pays, et espère une amélioration progressive à partir de mercredi, avec un retour à des conditions plus stables et une hausse graduelle des températures.
