Maroc – Mali (1-1) : La piqûre de rappel venue à temps

Un nul frustrant face au Mali (1-1), des sifflets au coup de sifflet final, et une inquiétude qui remonte à la surface. Pour leur deuxième sortie dans cette Coupe d'Afrique des Nations, les Lions de l'Atlas ont offert un visage trop familier pour rassurer un public marocain marqué par cinquante ans de désillusions continentales. La ferveur était bien là. Le jeu, bien moins.

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Rachid Tniouni / TelQuel

Les joueurs de l’équipe nationale n’ont pas quitté le Complexe Moulay Abdellah en silence. Ils ont été sifflés. Fort. Longtemps. Comme on siffle une promesse qui tarde à se matérialiser. Ce Maroc–Mali (1-1), pourtant loin d’être une contre-performance comptable, a laissé une impression lourde, presque pesante, dans les travées d’un stade plein, bruyant, incandescent. La soirée avait tout pour être une confirmation. Elle s’est transformée en rappel brutal : à la CAN, rien n’est jamais acquis, surtout pas la sérénité.

Un public présent…contrairement au jeu

Le Complexe Moulay Abdellah n’a pas failli. Walid Regragui avait demandé des supporters passionnés plutôt que des spectateurs passifs, figés sur leur siège — même lors d’un penalty. Il a été entendu. Des Siir Siir, des encouragements continus, des cordes vocales éraillées, des mains qui claquent sans relâche. Rarement un public marocain aura autant donné à ce stade là dans une compétition continentale.

Mais ce match a mis en lumière une vérité simple : les supporters ne sont pas le problème. Ils ne peuvent pas constituer l’unique avantage compétitif d’une équipe qui ambitionne de soulever le trophée. Le public est un miroir. Il renvoie ce qu’il reçoit. Et ce vendredi soir, malgré l’intensité venue des tribunes, les Lions n’ont pu renvoyer que trop peu pour nourrir l’enthousiasme.Déçus, oui. Mais surtout inquiets. Parce que ce nul s’ajoute à une longue mémoire collective dès qu’il s’agit de Coupe d’Afrique. Et parce que la CAN ne se joue jamais uniquement sur la logique, ni sur le statut.

Les mêmes choix, les mêmes limites

Sur le terrain, Walid Regragui a reconduit l’essentiel de son onze. Jawad El Yamiq a remplacé Romain Saïss, blessé. Ayoub El Kaabi, héros du match d’ouverture face aux Comores, a été préféré à Soufiane Rahimi. Pour le reste, peu de surprises. Et malheureusement, peu d’évolution.

Dans le jeu aussi, le Maroc a donné cette impression persistante de possession stérile. Le ballon circulait, souvent latéralement, rarement vers la profondeur. L’intensité défensive était bien là, le pressing à la perte aussi. Mais offensivement, personne ne semblait vouloir — ou pouvoir — assumer pleinement ses responsabilités.

Brahim Diaz a tenté, parfois seul contre tous. Azzedine Ounahi est passé à côté de son match, multipliant les touches inutiles. Sofyan Amrabat, en difficulté, a semblé perdu dans un milieu trop dense. Neil El Aynaoui, lui, a essayé. Sans jamais être pleinement utilisé dans ce qu’il sait faire de mieux : se projeter, casser les lignes, apporter de la verticalité. Comme si ses qualités étaient bridées par le système.

Un Mali sans complexe

Face à eux, le Mali n’est pas venu subir. Tom Saintfiet avait visiblement préparé son coup. Son équipe ne s’est pas contentée de défendre bas. Elle est allée chercher le Maroc dans des zones où les Lions n’avaient plus été réellement bousculés depuis longtemps. Depuis, peut-être, l’Afrique du Sud en 2023. Et à un degré moindre, la Tunisie.

Le pressing malien, la densité au milieu et la capacité à exploiter les erreurs marocaines ont posé de réels problèmes. Et lorsque le Maroc s’est découvert en fin de match, les Aigles n’ont pas hésité à se projeter, profitant de passes imprécises et de ballons mal négociés.

Pour inverser la tendance, Regragui a tenté le tout pour le tout. Rahimi, Ben Seghir, Ezzalzouli, El Khannouss, En-Nesyri : presque tous les profils offensifs ont été jetés dans la bataille. En vain. À l’exception d’une action : une passe lumineuse d’El Aynaoui pour En-Nesyri, qui butera sur le gardien malien d’une reprise en pivot. Trop peu pour faire basculer un match aussi tendu.

Le Maroc a poussé, sans réellement faire trembler son adversaire. Le Mali est resté solide, discipliné, et suffisamment audacieux pour ne jamais reculer totalement.

Regragui et Saintfiet, des conférences contrastées

En conférence de presse, Walid Regragui a livré une analyse calme, presque trop calme au regard de l’ambiance générale. « Match nul un peu frustrant, parce que nous avons fait un match solide. C’est une belle équipe du Mali qui nous a poussés vers nos limites, mais nous aussi. Nous continuons notre bonhomme de chemin. Nous avons l’objectif de finir en tête du groupe. Nous avons eu une belle opposition et c’est bon pour nous. »

Le sélectionneur a insisté sur la qualité de l’adversaire et la physionomie du match. « Je trouve que nous sommes dans le même genre de match qu’avant sauf qu’il y a plus de qualité offensive. Ils ont démarré à cinq derrière et pas un tir cadré, à part le penalty. Je suis très content de mes joueurs. C’est l’équivalent d’un quart ou d’un huitième. Ils auraient pu nous faire peur sur une ou deux occasions en fin de match, car nous avons laissé des espaces parce que nous voulions gagner », a-t-il déclaré avant de relativiser.

« Peut-être que les joueurs étaient moins bons. Mais le chemin est encore long pour gagner la CAN. Tu peux finir premier de ton groupe et quitter la CAN en quarts, comme tu peux finir troisième et la gagner — parce que le Maroc t’a qualifié, comme ce fut le cas pour la Côte d’Ivoire. J’étais content, nous avons joué notre football. Ce que je regrette, c’est que nous nous sommes peut-être trop exposés. » a enchainé le sélectionneur national.

Tom Saintfiet, le sélectionneur malien, ne cachait pas sa satisfaction et avouait à demi-mot espérer encore chiper cette première place du groupe A, promise au Maroc qu’il considère comme « l’une des meilleures équipes du monde », en tenant compte tant de la qualité de ses joueurs que des moyens mis à sa disposition pour réussir — centres de formations et complexes dernier cri.

« Je suis très fier de mon équipe, de cette performance. Nous avons élaboré une bonne stratégie pour ce match. Nous avons fait le pressing et contrôlé le milieu de terrain. Nous avons bien joué. Je suis fier de mon équipe, de mes joueurs et tout le monde a fait un très bon match. Notre stratégie était de fermer la route vers la victoire du Maroc », a confié le technicien belge.

Au passage, il épingle l’arbitrage : « Pour moi, il y a penalty sur une main de Nayef Aguerd, car un penalty a été accordé pour une action similaire. S’il avait été sifflé, nous aurions gagné. J’ai vu clairement à la télévision que c’était touché par la main. »Ce nul n’élimine rien. Il ne condamne personne. Mais il rappelle une chose essentielle : à la CAN, le statut ne protège de rien. Le Maroc reste maître de son destin avant la troisième journée face à la Zambie, ce lundi (20h). Mais cette soirée laisse une trace.

Peut-être fallait-il cette piqûre de rappel, maintenant. Avant que les certitudes ne deviennent des illusions. Avant que la pression ne se transforme en panique. À condition, évidemment, qu’elle serve à quelque chose.