Khawa Khawa : la CAN fait tomber les frontières

Par Nassim El Kerf

Il y a des images qui valent plus que mille discours. À Rabat, depuis le début de cette CAN 2025, elles sont partout. Dans les cafés. Sur les places. Dans la médina. Des drapeaux marocains, algériens et tunisiens entremêlés. Des chants repris à l’unisson. Des accolades spontanées. Une Coupe d’Afrique version Khawa Khawa : on l’aime et on la vit, loin des plateaux télé et des communiqués politiques.

Les Algériens et les Tunisiens ont envahi Rabat avec un enthousiasme désarmant. Drapeaux sur les épaules, sourires aux lèvres, ils se fondent dans le décor, se mêlent aux supporters marocains, chantent, dansent, trinquent ensemble sur les terrasses. Tous racontent la même chose : un accueil chaleureux, presque gênant tant il est généreux. Des services proposés sans rien demander en retour. Des invitations. Des “bienvenue chez vous” sincères. À les écouter, ils ne se sentent pas étrangers, mais à la maison.

Dans la médina, un chant revient en boucle, devenu l’hymne officieux de cette CAN côté algérien, et pour une fois, ce n’est pas le One, two, three, viva l’Algérie !” mais plutôt, “Zkara f’Air Algérie”. Un chant né dans les travées des Ultras Inferno de Sétif, repris aujourd’hui à chaque coin de rue. Un hymne de défi, contre les frontières fermées, contre les interdits, contre un système que beaucoup ont décidé de braver par amour du football. À Rabat, il a trouvé un écho inattendu. Et surtout un public.

Le match des Verts face au Soudan (3-0) au Stade Moulay El Hassan mercredi 24 décembre a été une démonstration éclatante de cette proximité. Du raï à la mi-temps, tous ont chanté ensemble, drapeaux marocains et algériens levés. Dans le public, des familles mixtes, des amis de longue date issus de la diaspora, venus pour les Lions comme pour les Fennecs. Une scène presque irréelle, et sans doute un cauchemar pour ceux qui, de l’autre côté de la frontière, diabolisent le Maroc du mieux qu’ils peuvent. Même sur X, la réalité a fini par fissurer la propagande. Des comptes algériens remercient publiquement l’accueil, les infrastructures, dénoncent les fake news… 

Les Tunisiens, eux aussi, n’ont pas tari d’éloges, contrairement à leurs médias. Après la victoire des Aigles de Carthage face à l’Ouganda (3-1), au Complexe Moulay Abdellah le 23 décembre, Marocains et Tunisiens se sont enlacés sous la pluie, comme si la rivalité était momentanément oubliée.

“Les Algériens et les Tunisiens n’ont pas répondu à un appel, ils sont venus par envie. Et les Marocains ne les ont pas accueillis par devoir, mais par réflexe”

Nassim El Kerf

À bien y regarder, cette CAN souligne ce que le roi Mohammed VI n’a cessé de rappeler au fil des années. Pas dans une posture politique, mais dans une lecture presque évidente de la géographie humaine. Lorsque le souverain affirmait en 2021 à l’occasion de la fête du trône : “Corollairement, ce qui touche le Maroc affecte tout autant l’Algérie, car les deux pays font indissolublement corps” ; il évoquait ce que la CAN donne à voir aujourd’hui. À Rabat, rien n’a été forcé. Les Algériens et les Tunisiens n’ont pas répondu à un appel, ils sont venus par envie. Et les Marocains ne les ont pas accueillis par devoir, mais par réflexe. Le football n’a rien inventé, il ne fait que révéler, au grand jour, ce que les peuples savent depuis longtemps.

Une leçon de vie. Être si proches, et si longtemps maintenus à distance. Quelques jours après une Coupe arabe des champions où des drapeaux algériens et tunisiens flottaient dans les kops marocains, Rabat prolonge cette fièvre amoureuse entre trois peuples que le football réunit sans effort.

Et puis, il y a un détail qui vient troubler le tableau. Un grain de sable. Des stades annoncés pleins… mais avec des sièges vides. Comme lors de l’ouverture. La fête est là, l’ambiance est totale, mais certaines places restent orphelines. La CAN des Khawa Khawa est belle. Sincère. Dommage qu’elle ne soit pas toujours accessible à ceux qui font battre son cœur.

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