Après des débuts chaotiques, les relations entre le Maroc et le gouvernement Sánchez sont aujourd’hui au beau fixe. La dernière Réunion de haut niveau (RHN) a confirmé la solidité des liens entre Rabat et Madrid avec 14 accords signés et des signes de complicité entre les deux Chefs de gouvernement et leurs ministres des Affaires étrangères.
En 2025, la coopération s’est approfondie entre le Maroc et l’Espagne. Outre la diplomatie, la coopération sécuritaire (migration, terrorisme, drogue) s’est intensifiée. Idem pour l’enseignement supérieur, avec une hausse de 31,1% des inscriptions d’étudiants marocains dans les écoles et universités espagnoles. Et le volet économique demeure au cœur du partenariat entre les deux royaumes : le Maroc reste le 1er marché africain pour l’Espagne et le 3e hors UE, avec 12 milliards d’euros d’échanges commerciaux enregistrés au 1er semestre 2025. Entre les deux voisins au passé tumultueux, la relation semble donc solide. Mais elle pourrait être menacée par l’imprévisibilité politique qui sévit à Madrid depuis la chute du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy en 2018.
Mais cette lune de miel diplomatique repose sur des fondations fragiles. À Madrid, Pedro Sánchez gouverne en sursis, et tous les yeux sont désormais braqués sur les prochaines élections générales (2027). Surtout après ce nouveau camouflet pour Sánchez : après la perte de l’Andalousie en 2023, c’est l’Estrémadure, autre bastion historique socialiste, qui a basculé lors des élections régionales du 21 décembre. Élections qui ont vu une forte poussée de la formation d’extrême droite Vox, le Parti populaire (PP, conservateur) ayant fait du surplace.
Sánchez en mauvaise posture
Les sondages confirment la débâcle : selon la chaîne espagnole La Sexta (à la ligne éditoriale favorable aux socialistes), le PP remporterait les élections générales si elles se tenaient aujourd’hui. Il devancerait les socialistes de Sánchez de 6 points, avec 33,5% des intentions de vote. Or, le parti de Alberto Núñez Feijóo est de plus en plus critique vis-à-vis de la nouvelle relation entre Rabat et Madrid et a même invité des représentants du Polisario à son dernier congrès. Selon le même sondage, le score du PSOE chuterait notablement, passant de 31,7% à 27,4%. Réduisant ainsi les chances de Pedro Sánchez d’opérer un tour de passe-passe politique en formant une coalition pour se maintenir au pouvoir. Surtout que le même sondage annonce une forte baisse du parti d’extrême-gauche Sumar (membre du gouvernement), qui passerait de 12,3% à un peu plus de 5%. Au contraire, le parti d’extrême-droite Vox engrangerait 18,6% des votes contre 12,4% en 2023. 2026 s’annonce donc explosive sur le plan intérieur pour Pedro Sánchez, qui pourrait se retrouver obligé de reconvoquer des élections anticipées, sans être sûr cette fois de pouvoir rassembler autour de lui une coalition. Pour Rabat, le message est clair : la fenêtre de consolidation du partenariat stratégique pourrait se refermer plus vite que prévu. D’ici 2027, voire 2026 en cas d’élections anticipées.
