Le déploiement en cours de la 5G au niveau des grandes agglomérations s’inscrit dans cette dynamique. Cependant, les connaissances sur cette technologie ainsi que les enjeux et défis auxquels les collectivités territoriales doivent faire face lors de sa mise en place restent peu connues. Ce qui requiert une réflexion attentive au vu des enjeux urbanistiques, sociaux, environnementaux et patrimoniaux.

Les acteurs locaux, notamment les communes et les agences urbaines, doivent penser la 5G dans une logique d’intégration urbaine et paysagère, afin d’éviter l’expérience moins reluisante des antennes de la 4G injectées par les opérateurs des télécommunications au niveau des terrasses d’immeubles ou sous forme de pylônes-palmiers en dehors de tout encadrement urbanistique.
Cette tribune explore le déploiement de la 5G à partir du prisme de son impact sur le paysage urbain et des alternatives qui s’offrent aux villes pour atténuer l’effet de l’implémentation de cette technologie sur le plan social, environnemental et patrimonial dans un contexte de positions citoyennes peu accueillantes.
La 5G : de quoi s’agit-il ?
Il convient de préciser que la technologie du réseau sans fil progresse à une vitesse accélérée. Elle est passée en moins de quarante ans à la 4ème génération. En cours de déploiement au Maroc comme à l’international, la 5G représente une évolution majeure par rapport aux générations précédentes, du fait d’une vitesse de téléchargement 10 fois plus rapide, une capacité de connexion de centaine d’appareils à la fois[1] et un délai de latence faible.
Résolument tournée vers l’usager, la 5G offre le haut débit et l’hyperconnectivité, deux fondamentaux pour l’internet des objets facilitant la connexion des dispositifs numériques et le partage des données. A titre d’exemple, un service urbain comme le transport collectif gagnerait en capacité s’il s’appuie sur un écosystème hyperconnecté permettant de collecter, traiter et exploiter les données relatives aux usagers et aux flux de déplacement dans une ville.
La 5G, un déploiement à l’épreuve des défis de l’insertion urbaine et paysagère
Pour déployer leur réseau 5G, les opérateurs des télécommunications seront amenés à installer des milliers d’antennes[2] à l’échelle des villes marocaines et au niveau des équipements stratégiques. Contrairement aux précédentes générations du réseau sans fil qui s’appuie sur des points hauts (des pylônes et des toits d’immeuble), la 5G exige un réseau dense d’antennes relais d’une portée de 300 mètres. D’où la question de l’insertion de ces antennes dans les milieux urbains.
“Au fur et à mesure de leur déploiement, les antennes de la 5G seront visibles et peuvent avoir un impact significatif sur l’environnement bâti et les milieux de vie”
Au fur et à mesure de leur déploiement, les antennes de la 5G seront visibles et peuvent avoir un impact significatif sur l’environnement bâti et les milieux de vie. Porteuses d’ambition culturelle, touristique et patrimoniale, les villes hôtes du Mondial 2030 gagneraient à mobiliser les opérateurs des télécommunications pour éviter tout déploiement anarchique des antennes 5G qui porterait atteinte à la qualité du paysage urbain et au patrimoine bâti. Qu’il s’agisse des bâtiments historiques (gares ferroviaires, équipements administratifs, etc.), des secteurs protégés, des sites classés patrimoine de l’humanité (médinas, place Jemaa El Fna…) ou des zones à haute valeur historique.
Quelles solutions pour les villes marocaines ?
Depuis plus de deux décennies de dérégulation des télécommunications, le déploiement des technologies s’accentue et apporte son lot de complexité dans la gouvernance des villes. Le déploiement de la 5G illustre cette complexité. A l’international, les villes adoptent des approches différentes. Certaines ont fait le choix d’antennes de petite taille intégrées dans le mobilier urbain comme Paris, d’autres ont opté pour des structures sous forme de poteau de 10 mètres de haut à l’image de New York, tandis que Montréal expérimente l’installation des cellules 5G sur les feux de circulation. Toutefois, ces villes poursuivent un même objectif, à savoir l’insertion urbaine et paysagère de la 5G, tout en veillant à l’acceptabilité sociale.
“A l’heure où une quarantaine des villes marocaines, soit 70% de la population, seront couvertes par la 5G, quels mécanismes faut-il instaurer pour un déploiement intégré au paysage urbain ?”
A l’heure où une quarantaine des villes marocaines, soit 70% de la population, seront couvertes par la 5G, quels mécanismes faut-il instaurer pour un déploiement intégré au paysage urbain ? Cette interrogation ouvre la voie à une réflexion sur les mesures pour encadrer le déploiement de la 5G. Nous pensons à une batterie d’actions que doivent initier les collectivités territoriales, l’autorité gouvernementale chargée de l’urbanisme, et l’Agence nationale de la réglementation des télécommunications.
Au-delà de la nécessaire actualisation de la réglementation en urbanisme de 1992, et en télécommunications de 2018 peu attentive au déploiement des technologies numériques lors de la délivrance du permis de construire des projets de construction, il convient de rappeler que l’implication des collectivités territoriales dans l’encadrement du déploiement de la 5G contribue à renforcer leur rôle dans la gouvernance des infrastructures numériques et à épargner les bâtiments historiques et les secteurs à valeur patrimoniale de toute défiguration.
Notes :
[1] Un million d’appareils par km2 selon des experts en télécommunications.
[2] IAM et Inwi ambitionnent de construire 8000 nouvelles antennes d’ici dix ans afin d’accompagner le déploiement de la 5G.
