Il y a quelque chose d’indéfinissable dans l’air, comme un compte à rebours. Dans un mois, le Maroc deviendra l’épicentre d’une CAN hors norme, celle qui étire le pays sur neuf stades, six villes, autant de décors, de cultures, de manières différentes de respirer le football. Pendant que le pays règle les derniers détails, l’équipe nationale s’acharne à rassurer un public qu’elle connaît presque trop bien. On joue à domicile, on a une génération qui ferait des envieux partout, mais tant que nos vieux fantômes n’ont pas été chassés, personne ne dort vraiment tranquille. Le 4-0 contre l’Ouganda a apaisé quelques consciences, mais pas assez pour effacer cinquante ans de contrariétés. La CAN, pour nous, c’est un rendez-vous qu’on prépare pendant des mois et qu’on rate à la dernière minute. Alors, aujourd’hui, parlons de ce qui nous fait du bien.
Revenons sur les CAF Awards, la cérémonie qui récompense la crème du foot du plus beau des continents. Nos représentants sont arrivés à l’UM6P avec une élégance qui frôle l’arrogance pour réclamer le beurre et l’argent du beurre. Ou plutôt, “l’or et l’argent de l’or”. On attendait un Ballon d’or, on repart avec deux. La capitaine des Lionnes, Ghizlane Chebbak, est devenue la première Ballon d’or africaine de l’histoire du Maroc. Émue, elle a remercié tout le pays, en offrant aux jeunes footballeuses une autre raison de rêver. Et puis il y a eu Achraf Hakimi. Un Marocain Ballon d’or africain. Enfin. Depuis Mustapha Hadji, depuis Timoumi, Zaki et feu Ahmed Faras, cette récompense tournait autour de nous comme un satellite capricieux. Cette fois, elle a trouvé son orbite : Achraf Hakimi. Arrivé en selham, avançant sur une trottinette afin de minimiser le contact entre le sol et sa cheville blessée avant la CAN. Il méritait le Ballon d’or de France Football. L’Afrique, elle, ne s’est pas fait prier : elle lui a tendu son trophée, à lui, le meilleur joueur marocain de tous les temps (oui, j’ai mes arguments).
Mais le Maroc a fait plus que remporter deux trophées, il a quasiment tout raflé. À la ronda, on dirait qu’on a fait “missa” en ramassant toutes les cartes sur la table. Doha Madani élue meilleure jeune, les U20 champions du monde couronnés sélection de l’année, Othmane Maamma meilleur jeune, Yassine Bounou une nouvelle fois désigné meilleur gardien. Mais le tir réussi d’Oussama Lamlioui en finale du CHAN n’est pas le but de l’année. Et Mohamed Ouahbi, champion du monde U20, ne repart pas avec le titre de coach de l’année, revenu, à la surprise générale, au Cap-verdien Bubista.
Pendant ce temps, au Qatar, les U17 écrivaient leur propre histoire. Défaits d’entrée par le Japon, humiliés ensuite face au Portugal (6-0), ils étaient au bord du gouffre. Mais Nabil Baha a rebattu les cartes, titularisé les méritants, ceux qui étaient dans l’ombre. Il fallait gagner contre la Nouvelle-Calédonie, ils ont fait mieux : 16-0. Derrière, ils ont renversé les États-Unis, pourtant favoris, puis écarté le Mali en huitième, avec un aplomb qui n’est pas de leur âge. Une bande de phénix.
“On se surprend à rêver, ce qui est déjà un risque. Mais cette fois, le rêve n’est pas que sportif, il est humain”
Alors oui, le Maroc vise haut : la CAN en janvier, le titre arabe le 18 décembre. On se surprend à rêver, ce qui est déjà un risque. Mais cette fois, le rêve n’est pas que sportif, il est humain. On accueille un continent, des chants, des couleurs, des visages. On l’a vu lors des barrages africains pour le Mondial, quand la qualification de la RDC a transformé Rabat en capitale panafricaine le temps d’une soirée. Le reste suivra. Pourvu que je ne vous parle plus de fantômes en janvier prochain, mais d’or, de liesse et d’émotions.
