L’ouverture récente de la Cinémathèque du Maroc marque une étape déterminante dans l’étude du cinéma national, un domaine qui souffre encore de nombreuses zones d’ombre. Parmi les figures injustement reléguées à l’arrière-plan, celle de Mohamed Laghzaoui occupe une place à part.
Davantage associé à l’histoire de l’Istiqlal et du Maroc indépendant qu’à celle du septième art, Laghzaoui est pourtant à l’origine d’une incursion singulière dans l’industrie cinématographique, une aventure qui l’a mené jusqu’au tapis rouge de la Mostra de Venise en 1948.
Longtemps passée sous silence, cette parenthèse inattendue demeure l’un des épisodes les plus fascinants et méconnus du cinéma marocain.
Un cinéma sous contrôle
Jusqu’au milieu des années 1930, le cinéma au Maroc est un loisir de colons. On regarde des films importés d’Amérique ou d’Europe, dans des salles construites, gérées et fréquentées par des Européens. Rien ne distingue vraiment, ni dans son architecture — à part un toit ouvrant pour les chaleurs estivales —, ni dans sa programmation, un cinéma marocain de son homologue en France.
