Quand les gamins nous rendent glorieux

Par Réda Allali

Le plus beau, dans ce triomphe, c’est qu’il nous a été offert par des gamins. Une génération qui nous a démontré que quand on lui fait confiance, quand on lui donne les moyens, elle est capable de tout

Respirez un bon coup, les amis, et levez haut la tête, car nous sommes glorieux. Oui, tous, même le Boualem, nous sommes devenus beaux, et notre démarche revêt désormais la noblesse des vainqueurs. Champions du monde, il faut l’écrire en grand. Même les responsables de cet estimable magazine ont enfin manifesté de la considération pour le sport, cher lecteur, en le plaçant en couverture, il était temps. Hamdoullah. 

Oui, champions du monde, répétons-le, c’est un prodige. Et nous avons vaincu en finale les Argentins, ce qui nous garantit un buzz mondial, faites confiance au Guercifi. Car ces dingos de foot sont en pleine production de sem, à deux doigts de la crise de nerfs, vannés par toute l’Amérique latine avec délectation, dans une région du monde qui ne connaît aucune limite en termes de cheddane. Si on avait vaincu les Germains, à trois heures du matin, par exemple, ces derniers ne s’en seraient pas rendu compte, ils auraient déjà été au lit, s’apprêtant à produire, dès l’aube, quelques bolides tout en soutenant un petit génocide. L’affaire aurait été discrètement pliée. 

“Nous sommes donc arrivés à notre véritable objectif, exister, et merci”

Zakaria Boualem

Mais là, nous avons terrassé la patrie de Messi et de Maradona, et un peu plus tôt les Français, les Américains, les Coréens, les Brésiliens et même les Espagnols, une liste si impressionnante que Zakaria Boualem a dû vérifier à deux reprises qu’il ne s’était pas trompé en la rédigeant. Du coup, Ronaldo, le vrai, nous rend hommage, sans parler de Luis Enrique et Klopp. Il faut s’habituer à ce qu’on parle de nous ainsi. Nous sommes donc arrivés à notre véritable objectif, exister, et merci. S’extraire des ténèbres de l’anonymat et parader sous les spotlights, voilà ce qui provoque notre ravissement, et les téraoctets d’humour qui vont avec, car oui, il faut le dire, nous sommes, collectivement, très drôles. 

Nous n’avons même pas souffert, en vérité, voilà le plus étonnant. Ces jeunes sont capables d’aligner froidement deux buts en deux tirs, sans trembler, comme si c’était normal, avant de résister aux provocations des grands maîtres de la fourberie footballistique pendant une heure, en toute décontraction. Nous avons affaire à un nouveau modèle de Marocains, ce sont des mutants. D’ailleurs, le plus beau, dans ce triomphe, c’est qu’il nous a été offert par des gamins. Une génération qui, chez nous, a le plus grand mal à se faire une place dans la société. La voilà qui vient de démontrer que quand on lui fait confiance, quand on lui donne les moyens et qu’on l’honore d’un encadrement efficace, et surtout honnête, elle est capable de tout. La confiance affichée par Maamma le magnifique, par Zabiri le sicario ou par Baouf le douanier interpelle. La morve de Zehouani, la sérénité de Saddak, et la tranquillité des trois gardiens utilisés pour cette compétition, voilà autant de mystères. 

“Ne cherchez plus de Nouveau modèle de développement, donnez juste les moyens à cette génération de se réaliser, offrez-lui un cadre respectable et on sera glorieux”

Zakaria Boualem

Comment ces gamins ont-ils pu croire en eux au moment où tout un pays, sans parler de la planète, les soupçonne d’être des tocards ? La conclusion s’impose : ne cherchez plus de Nouveau modèle de développement, demandez derechef aux commissions penchées de se relever et aux plans d’urgence de se calmer, arrêtez de chercher des tournants historiques, donnez juste les moyens à cette génération de se réaliser, offrez-lui un cadre respectable et on sera glorieux, oui, même nous les vieux. C’est tout pour la semaine, et merci.

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