Les partenariats public-privé (PPP) dans le domaine de l’éducation ne datent pas d’aujourd’hui. Dès les années 1990, cette logique a été initiée, puis renforcée par la Charte nationale d’éducation et de formation (1999), la Vision stratégique 2015-2030, et plus récemment, la loi-cadre 51.17 sur l’éducation, la formation et la recherche scientifique, adoptée en 2019. Cette loi, déclinée dans la feuille de route 2022-2026 du ministère de l’Education nationale, du Préscolaire et des Sports, insiste particulièrement sur le rôle du partenaire privé comme acteur essentiel pour accompagner les chantiers de réforme : équité, égalité et qualité de l’école.
Des conventions multiples
Ces partenariats se traduisent par la fourniture d’outils technologiques pour l’enseignement à distance, l’accès aux ressources pédagogiques numériques, ou encore l’équipement en infrastructures modernes
Si les PPP éducatifs se sont développés au gré des initiatives et des besoins, ils s’inscrivent désormais dans une stratégie nationale structurée. Abdelkébir Tiwari, directeur de la coopération et des partenariats au ministère de l’Education nationale, précise : “La dynamique s’est renforcée, sous l’impulsion des hautes orientations royales et des différents gouvernements, qui ont fait de l’éducation l’une des principales causes nationales. L’objectif est clair : bâtir, à l’horizon 2030, une école de qualité, équitable et accessible à tous.”
Concrètement, les conventions couvrent un spectre large. “Nous collaborons avec plusieurs secteurs. Dans le domaine bancaire, par exemple, avec la BMCE et Attijariwafa bank ; dans le domaine industriel, avec l’OCP ; dans le domaine technologique, avec des entreprises comme HP, Inwi ou Huawei”, poursuit M. Tiwari. Ces partenariats se traduisent par la fourniture d’outils technologiques pour l’enseignement à distance, l’accès aux ressources pédagogiques numériques, ou encore l’équipement en infrastructures modernes.
Les retombées sont visibles. “Équipement de salles multimédias, mise à disposition d’outils informatiques, formations destinées aux enseignants et aux gestionnaires, ateliers pour les élèves, ou encore activités parascolaires : l’idée est d’ouvrir davantage l’école sur son environnement socio-économique, qu’il soit urbain, périurbain ou rural”, souligne M. Tiwari. Des initiatives qui participent à une même ambition : renforcer la résilience du système éducatif.
Les lycées d’excellence, vitrines des PPP
Symboles de cette collaboration renforcée avec le privé, les lycées d’excellence, ou “lydex”. Youssef El Azhari, directeur général de l’action pédagogique au ministère de l’Éducation nationale, souligne que l’histoire récente des PPP éducatifs s’ancre dans un moment précis. En 2014-2015, lors de la création du premier “lydex” par l’OCP, à Benguérir.
À l’époque, rappelle-t-il, la Fondation OCP s’était rapprochée du ministère, car elle avait besoin d’enseignants chevronnés pour ses classes préparatoires aux grandes écoles. “Or, il y avait une quasi-pénurie de ce type de profils dans le public, puisque la préparation à l’agrégation était presque à l’arrêt. Nous nous sommes donc dit : travaillons ensemble”, raconte M. El Azhari.
De cette rencontre d’intérêts est née une convention-cadre. “Elle comportait plusieurs volets, dont le principal était le renforcement du système de formation et de sélection des professeurs agrégés par le ministère, et la mise à disposition d’enseignants pour les classes préparatoires de l’OCP”, ajoute notre interlocuteur.
« Vous connaissez sans doute les performances des élèves du lycée d’excellence en classes préparatoires, avec un nombre croissant de lauréats intégrant des écoles prestigieuses, comme Polytechnique en France”, fait valoir Youssef El Azhari
Le principe était clair : le ministère maintient le salaire des enseignants, le partenaire privé leur accorde des primes supplémentaires, et les meilleurs profils sont retenus. Les résultats ne se sont pas fait attendre. “Vous connaissez sans doute les performances des élèves du lycée d’excellence en classes préparatoires, avec un nombre croissant de lauréats intégrant des écoles prestigieuses, comme Polytechnique en France”, fait valoir le directeur général de l’action pédagogique.
Ahmed Benzzi, directeur général du lycée d’excellence de Benguérir, détaille le fonctionnement de son établissement : “Le lycée est organisé en trois cycles. D’abord, les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Ensuite, le secondaire qualifiant, c’est-à-dire les trois années du lycée. Et depuis trois ans, nous avons ouvert des BTS”.
La sélection est drastique : “Nous recevons en moyenne 20.000 candidatures par an pour les CPGE, et cette année, 18.000 pour seulement 340 places au secondaire.” Une commission de professeurs affine le tri, et pour le secondaire, un critère social s’ajoute, favorable aux plus démunis.
“Un élève issu d’un milieu défavorisé, mais avec de bonnes notes a de grandes chances d’intégrer le lycée. C’est dans son ADN : ce lycée est conçu pour offrir une chance aux élèves démunis”
“Un élève issu d’un milieu défavorisé, mais avec de bonnes notes a de grandes chances d’intégrer le lycée. C’est dans son ADN : ce lycée est conçu pour offrir une chance aux élèves démunis”, souligne Benzzi.
Le modèle pédagogique, qui repose sur trois piliers – la motivation des élèves, la qualité des enseignants, et un environnement matériel de pointe – a essaimé. Deux lycées d’excellence ont récemment ouvert à Rabat d’abord, puis à Laâyoune, dont la gestion est assurée par l’Association pour la promotion de l’enseignement de l’excellence (APEE), créée par le groupe OCP. Deux autres projets similaires existent avec d’autres partenaires, comme le Lycée méditerranéen de Martil (Lymed), en partenariat avec Tanger-Med, et le Lycée d’excellence Mohammed VI (LEM6) à Casablanca, avec l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS).
Une école plus ouverte, plus équitable
Les PPP ne se réduisent pas à un transfert de moyens financiers. Ils incarnent une vision de l’école marocaine connectée à son environnement économique et social, capable de répondre aux besoins des territoires tout en offrant des opportunités aux jeunes les plus méritants, quelle que soit leur origine. Qu’il s’agisse de géants industriels, de banques, d’entreprises technologiques et de télécoms, ou encore d’associations, tous contribuent à enrichir l’offre éducative. Et pour le ministère, l’enjeu est d’encadrer, d’évaluer et de multiplier ces initiatives dans le respect de l’équité.
L’école publique, longtemps critiquée pour ses fragilités, trouve ainsi dans ces partenariats avec des entités privées une nouvelle énergie. Les résultats des lycées d’excellence, la modernisation des infrastructures et la montée en compétences des enseignants témoignent d’un chemin qui, loin d’être achevé, trace déjà les contours d’une école plus forte, plus juste et plus résiliente.
