Pourquoi le Maroc peut devenir incontournable dans la chaîne de valeur de l’IA 

Michel Levy-Provencal Prospectiviste, auteur et conférencier

Pourquoi l’Europe dépense-t-elle des milliards à tenter de bâtir son “modèle d’IA souverain” alors que le vrai nerf de la guerre de l’IA se trouve ailleurs ? La souveraineté ne se joue plus sur la capacité à créer des modèles, mais sur deux maillons critiques de la chaîne de valeur.

Le premier, c’est l’énergie. Les grands modèles exigent une électricité abondante, stable et décarbonée. Les coûts d’exploitation d’un service comme ChatGPT explosent. A tel point que les géants de la tech sécurisent des volumes massifs d’énergie. D’ici 2030, la consommation des data centers pourrait représenter près de 3% de l’électricité mondiale. Sans énergie massive et propre, pas d’IA. Et qui contrôle une énergie verte, bon marché et prévisible, attire les infrastructures critiques. Le second, c’est l’adaptation. Un modèle généraliste reste inutile sans applications qui le traduisent en usage concret : diagnostic médical localisé, conseil agricole adapté aux sols, interfaces vocales dans les langues vernaculaires. C’est cette couche qui transforme une capacité brute en impact réel. Face à cette double équation, le Maroc possède des avantages encore sous-estimés.

Énergie. Le royaume bénéficie de 3000 heures d’ensoleillement par an et mise massivement sur le solaire et l’éolien. Son objectif est d’atteindre 52% de capacité installée en renouvelables d’ici 2030. Les câbles sous-marins avec l’Europe existent déjà, assurant l’interconnexion physique et numérique. Des partenariats stratégiques émergent, et de nouveaux projets de campus data attirent l’attention des grands acteurs mondiaux.

Talents. En 2018, le Maroc a inauguré 1337, premier campus africain du réseau 42. Gratuit, sans professeurs, il forme des milliers de codeurs capables de développer dans des conditions frugales : smartphones basiques, connexions instables, ressources limitées. C’est précisément cette capacité d’adaptation que recherchent les entreprises internationales pour pénétrer le marché africain. Lors de GITEX Africa 2025, parmi 800 startups, 260 étaient marocaines : preuve d’un écosystème créatif en pleine ébullition.

“Le royaume n’a pas besoin de créer le prochain GPT. Il lui suffit d’être le territoire où tous les GPT du monde viennent parler aux deux milliards d’Africains”

Michel Levy-Provencal

Les chaînes de valeur modernes se définissent par leurs maillons critiques. Les Pays-Bas ne fabriquent pas de puces, pourtant le Néerlandais ASML fournit les seules machines au monde capables de les graver en extrême ultraviolet. Ils sont devenus indispensables sans tout maîtriser. Le Maroc peut jouer un rôle analogue dans l’écosystème IA africain : non pas en réinventant les modèles fondamentaux, mais en fournissant l’énergie verte qui les fait tourner et l’intelligence d’adaptation qui les rend utiles localement. 

La vraie souveraineté, c’est peut-être ça : ne pas tout faire, mais devenir indispensable. Avec son solaire abondant, ses interconnexions établies et sa jeunesse créative, le Maroc détient des atouts uniques. Dans la chaîne de valeur mondiale de l’IA, contrôler l’énergie propre et maîtriser l’adaptation locale, ce sont deux verrous stratégiques qu’on ne duplique pas facilement. Le royaume n’a pas besoin de créer le prochain GPT. Il lui suffit d’être le territoire où tous les GPT du monde viennent parler aux deux milliards d’Africains.

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Michel Levy-Provencal, prospectiviste, auteur et conférencier : Natif de Casablanca, Michel Levy Provençal est prospectiviste, entrepreneur, conférencier et auteur, reconnu comme l’une des voix majeures de l’innovation en France. Il a importé les conférences TED en France en 2009 et cofondé plusieurs startups dans la finance, les médias, les technologies et le conseil. Il est également chroniqueur aux Échos et sur BFM TV.

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