A l’orée des grands chantiers du Maroc — de la Coupe du monde 2030 à la refonte attendue du Code du travail —, l’intérim revient au centre des discussions sur l’emploi. L’équation est claire : il faut répondre rapidement aux besoins en compétences du BTP, de l’hôtellerie et de la logistique, tout en préservant les trajectoires professionnelles et les droits sociaux. Certes, les estimations sur les investissements liés au Mondial varient, mais convergent vers une montée en charge inédite des capacités d’accueil, de transport et d’infrastructures sportives, avec des dizaines de milliards de dirhams engagés et des dizaines de milliers d’emplois à mobiliser sur un horizon court.
Dans ce contexte, le travail temporaire est perçu par les entreprises comme un outil d’ajustement pour absorber les pics d’activité. Tandis que les pouvoirs publics le voient comme une modalité à mieux encadrer. Reste la question-clé : comment faire de l’intérim un levier d’accès à l’emploi qualifié, plutôt qu’un simple amortisseur conjoncturel ? La préparation du Mondial offre un stress test grandeur nature : en raison de la pénurie de profils qualifiés dans certains métiers du BTP, de la nécessaire montée en gamme de l’hébergement, et de calendriers serrés. Elle impose d’articuler dispositifs de formation, passerelles vers le CDI et nécessité de conformité sociale chez les intermédiaires.
Pour TelQuel, Claudia Gaudiau-Francisco, directrice générale de Tectra, plateforme de recrutement de travailleurs temporaires, et présidente de la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM), décrypte les défis à venir. Elle revient sur l’avenir de l’intérim dans un marché marocain en pleine mutation, mais aussi sur l’évolution des relations économiques entre Rabat et Paris.
TelQuel : Le recours à l’intérim a fortement augmenté ces dernières années. Comment expliquez-vous cette tendance ?
Claudia Gaudiau-Francisco : C’est une réalité que nous observons au Maroc, mais aussi bien au-delà : tout le continent connaît la même évolution. La crise du Covid a joué un rôle déterminant. En 2020, les premiers contrats interrompus ont été ceux de l’intérim : chez Tectra, 14 000 personnes ont dû être arrêtées du jour au lendemain. Mais ce qui est intéressant, c’est que nous avons aussi été les premiers rappelés lorsque l’économie a repris son souffle.
“L’intérim est devenu un véritable baromètre de l’économie”
L’intérim est devenu un véritable baromètre de l’économie. Lorsque l’activité ralentit, nous sommes les premiers impactés ; et lorsqu’elle repart, nous sommes aussi les premiers mobilisés. Depuis la crise du Covid, les modes de travail ont évolué et les entreprises recherchent désormais davantage d’agilité et de performance dans leur gestion des ressources humaines. Pour gagner en flexibilité, celles-ci doivent désormais diversifier leurs modes de recrutement et disposer de solutions RH plus flexibles, l’intérim en fait partie.
