Trois Gazaouis détenus par Israël sur quatre sont des civils

Israël emprisonne des civils palestiniens sans jugement et sans limite de temps depuis le 7 octobre. Ce sont les propres données de l'armée qui le montrent, révélées dans une enquête conjointe de deux médias israéliens et un média britannique.

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Civils palestiniens mis en ligne par l’armée israélienne à Gaza en décembre 2023. Crédit: Post d’un soldat israélien sur les réseaux sociaux

La communication d’Israël et les données internes de son armée racontent une histoire différente sur son attitude envers les Palestiniens.

Une enquête conjointe de +972, The Guardian et Local Call, après avoir montré que les propres données des forces de défense israéliennes (IDF) indiquent que 83% des assassinés à Gaza sont des civils, révèle que seul un Gazaoui sur quatre détenu dans de terribles conditions en Israël est un combattant.

Plus important encore que de mettre au jour les contradictions de Tel Aviv, l’enquête donne du crédit aux paroles des Palestiniens si souvent ignorées, considérées partisanes. Car, rappellent les journalistes ayant travaillé sur le dossier, des geôliers israéliens et des détenus palestiniens avaient déjà alerté sur le phénomène d’enlèvement massif de civils gazaouis.

Qui sont les “combattants illégaux” ?

En mai dernier, rappelle l’enquête, Tel Aviv déclarait que 6.000 Palestiniens étaient détenus dans ses geôles, justifiant ces emprisonnements par la loi sur les “combattants illégaux”. Le texte adopté en 2002 par l’autoproclamée “seule démocratie du Moyen-Orient” dispose qu’Israël est légitime à enfermer des personnes sans limite de temps, sans accusation ni jugement, s’il existe des motifs valables de croire qu’ils participent activement à des activités hostiles contre l’État d’Israël.

Sur place, les journalistes expliquent que les médias se réfèrent plus facilement aux prisonniers par le terme de “terroristes”, sans doute pour justifier auprès de la population leur incarcération unilatérale.

Et pourtant, la seule source jugée digne de confiance par Tel Aviv sur son action militaire à Gaza – l’IDF – indique, via les données récoltées par l’enquête journalistique, que seuls 1.450 combattants du Hamas et des groupes islamistes associés ont été appréhendés. Qui sont les 4.550 autres prisonniers gazaouis ?

Selon les propres données de l’IDF, ces femmes et ces hommes n’appartiennent pas aux branches armées du Hamas. La révélation pointe du doigt l’illégalité de leur détention, même selon les très sévères règles de la loi de 2002, qui requiert un “motif valable” de croire que les prisonniers représentent un danger pour l’État.

Près de la moitié des Palestiniens qui croupissent encore dans les prisons israéliennes ont été capturés par Tsahal au lendemain de l’attaque du 7 octobre : outre le millier de prisonniers relâchés lors du deal entre le Hamas et Tel Aviv et les 2.500 personnes libérées des prisons depuis cette date – signifiant qu’ils n’ont jamais été considérés comme une vraie menace, et donc que leur emprisonnement était illégal –, 2.660 Gazaouis n’ont pas quitté les cellules israéliennes depuis la résurgence du conflit.

Quid des conditions de rétention ?

On se souvient avec peine des photos ayant largement circulé à la fin de l’année 2023 montrant des dizaines de Palestiniens menottés, nus et traînés dans la terre. Déjà, à l’époque, des officiers de l’IDF admettaient que “85 à 90%” d’entre eux n’étaient pas des membres du Hamas. Entretenu par un discours officiel ne distinguant pas les civils palestiniens des combattants du Hamas, le sort réservé aux civils ne semble pas différer des soldats.

Dans les prisons, les témoignages ne disent pas autre chose. Les prisonniers relâchés par Tel Aviv qui témoignent font état de conditions de détention extrêmement difficiles, incluant mais ne se limitant pas à de l’électrocution, des passages à tabac, du menottage constant, et même des accusations de viols. Dans cet environnement de torture routinière, des dizaines de détenus sont morts au cours de leur emprisonnement.

En réalité, ces prisonniers ressemblent davantage à des otages. En témoignent des débats à la Knesset après la libération de détenus qu’Israël a “laissés partir sans contrepartie”, se plaignait le député Simcha Rothman. Aux journalistes, un soldat stationné dans un prison de l’armée déclare : “Ils [le Hamas] ne nous retournent pas nos otages, pourquoi devrions-nous les laisser partir ?

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