CHAN avant la CAN : “Pourvu que ça dure” 

Par Nassim El Kerf

On les a vus samedi soir, sourires aux lèvres, les yeux brillants : les Marocains étaient heureux. Heureux de voir les Lions “locaux” décrocher un troisième CHAN, heureux de constater que leur championnat pouvait encore les rendre fiers. C’est une histoire collective, celle de gars qui évoluent ici, et qui ont porté le maillot avec un courage et une rage contagieux. L’état d’esprit affiché par cette équipe, combative, généreuse, parfois brouillonne, mais toujours courageuse, a plu au peuple. Dans un pays où le foot est la langue officielle du pays, un titre fait couler les larmes.

La comparaison tombe forcément. On se regarde, contents de voir Rabie Hrimat soulever le trophée, on se murmure : “Pourvu que ça dure”, en pensant à la CAN de décembre prochain. Puis on quitte le café qui nous a servi de refuge pour ne manquer aucune miette d’une compétition qui peinait pourtant à convaincre. Son utilité, son organisation brouillonne… on n’y pensait même plus en voyant les gars de chez nous soulever une coupe après avoir traversé trois pays. Je me suis même demandé : “Mais pourquoi tu disais que tu ne voulais pas de ce CHAN, Nassim ? Alors qu’à l’image de tous les Marocains, tu as si soif de victoires”.

Maintenant qu’on a eu un avant-goût, l’équipe première se doit d’en faire autant… à la maison. Le Marocain ne s’en cache pas : dans quatre mois, il veut une plus grande ivresse. Et puis, disons-le, le Marocain a aussi envie de se montrer dans des infrastructures flambant neuves.

Je l’ai vu de mes propres yeux, les stades changent de visage. Le Complexe Moulay Abdellah impressionne déjà. Le Grand Stade de Tanger, que j’ai visité cette semaine aux côtés d’une centaine de journalistes et influenceurs venus des quatre coins du monde, respire le renouveau. Même les habitués aux enceintes européennes ont reconnu avoir été bluffés par la qualité de l’existant, comme le stade de Marrakech qui se prépare pour la CAN, mais aussi par l’état d’avancement des grands chantiers.

“Les supporters étrangers ne retiendront pas seulement l’ambiance du stade mais chercheront surtout à retrouver la légendaire hospitalité marocaine”

Nassim El Kerf

“Vous êtes dans les temps, et même un peu en avance”, m’a glissé José Alvarez, du plus célèbre show de football espagnol, “El Chiringuito”. Alvarez, comme l’ensemble des journalistes et influenceurs de sport, était agréablement surpris autant par les stades que par les villes hôtes de la CAN, qu’ils n’ont pas hésité à visiter de jour comme de nuit, dès que le programme du “Media Tour” organisé par Omar Khyari, le conseiller de Fouzi Lekjaâ, le permettait.

Mais, et il y a toujours un mais, l’irrégularité de l’hospitalité hors des stades laisse parfois perplexe. Dans certaines villes touristiques, des restaurants et hôtels continuent de donner l’impression d’improviser, dès qu’un large groupe débarque. Service lent, détails négligés, sourires forcés… ce sont des riens qui, cumulés, deviennent de gros cailloux dans la chaussure d’un pays qui veut séduire la planète. Car les supporters étrangers ne retiendront pas seulement l’ambiance du stade mais chercheront surtout à retrouver la légendaire hospitalité marocaine. Et là-dessus, on n’est pas encore irréprochables.

Allier les deux, des infrastructures et le sens du service et de l’hospitalité, voilà donc le vrai défi : transformer l’essai avec la CAN, et soigner tout ce qu’il y a autour. Car si la CAN va sans nul doute être un test grandeur nature, le Mondial 2030 exigera un niveau de précision suisse.

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